Le Pape au Cameroun, terre d’enjeux

« Depuis que l’avion papal a touché le tarmac de l’aéroport de Nsimalen, les regards de la planète entière sont rivés sur nos collines » : à l’exemple de ses concitoyens, l’éditorialiste du journal camerounais Courrier de l’Unité a reçu cette visite comme un honneur qui vient confirmer le statut particulier de son pays, qui fut déjà visité par deux papes précédemment : Jean-Paul II en 1985 et 1995, puis Benoît XVI en 2009. « L’avenir de l’Église et les espoirs de paix se jouent ici. À travers nos rues pavoisées, c’est toute la diversité, la résilience et la foi d’un continent qui s’expriment », s’émeut le journaliste. Les Camerounais qualifient en effet volontiers leur pays d’« Afrique en miniature », comme s’il était un résumé des richesses et des défis du continent. L’expression a d’ailleurs été reprise par Léon XIV lors de sa rencontre avec les autorités camerounaises, le 15 avril. « Cette variété n’est pas une fragilité, mais un trésor » a-t-il également lancé à cette occasion.

Les « chaînes » de la corruption

Dans cet espace plus petit que la France métropolitaine, coexistent des déserts, des jungles et des montagnes. La diversité ethnique aurait de quoi donner la migraine à un ethnologue, puisqu’il existe près de 300 ethnies camerounaises et autant de langues. Le Cameroun fait même partie des rares nations à reconnaître deux langes officielles, le français et l’anglais, ce qui suscite de graves divisions internes. Malheureusement, « l’Afrique en miniature » intègre aussi les maux dont souffre le continent, guerre civile et corruption. Le Pape n’a pas manqué de dénoncer ce dernier mal qu’il a comparé, dans son discours au Palais présidentiel le 15 avril, à des « chaînes » qui « défigurent l’autorité et la dépouillent de sa crédibilité ». Il touche là un point sensible. Le président camerounais Paul Biya a été réélu en octobre 2025 pour un huitième mandat à l’âge de 92 ans, au terme d’une élection plus que trouble. Cette ambiance politique délétère attise les séparatismes, en particulier dans les régions anglophones de l’ouest du pays. Depuis 2017, les révoltes de divers groupes armés ont causé la mort de près de 7 000 personnes et le déplacement d’environ 800 000. Or, le 16 avril, le pape Léon XIV a justement décidé de se rendre au cœur de la zone anglophone secouée par les conflits, à Bamenda.

Léon XIV, homme de paix

Pour l’occasion, les routes ont été refaites et l’aéroport qui était fermé depuis des années en raison du conflit a été rouvert. Cela a donné lieu à des commentaires amers sur les réseaux sociaux. Des utilisateurs constataient que le gouvernement refait la façade du pays pour présenter un visage avenant au Souverain pontife, alors qu’il laisse d’habitude les infrastructures en ruine. Mgr Emmanuel Dassi, évêque de Biafa au centre du Cameroun, tempère ces remarques en expliquant qu’en temps normal, les entreprises spécialisées dans la voirie refusent de travailler à Bamenda car leurs engins de chantier sont systématiquement incendiés par les insurgés. Il en conclut que d’une façon ou d’une autre, l’administration et les séparatistes ont trouvé un chemin d’entente pour la venue du Pape. C’est un signe très fort dans une région qui n’a plus connu de paix durable depuis dix ans, où des groupes armés imposent des journées de « ville morte » et où l’administration paraît avoir renoncé à exercer son autorité. Mais, avertit le prélat, pour que cette trêve se mue en paix durable dans la région, encore faudrait-il que chaque partie en présence fasse un pas en direction de l’autre. À ses yeux, les séparatistes ont manifesté leur bonne volonté, il reste au gouvernement à faire preuve d’ouverture démocratique. Est-ce que ce n’est pas utopique, quand on sait que le président est au pouvoir depuis 43 ans et qu’il a systématiquement muselé l’opposition ? « Souvenez-vous de ce que l’Ange Gabriel disait à Marie! Rien n’est impossible à Dieu! Il n’y a pas d’utopie avec Dieu… », répond joyeusement le prélat.

Les enjeux posés par la jeunesse

Le pays possède de nombreuses richesses, à commencer par sa jeunesse à qui Léon XIV a demandé, dans un discours au monde universitaire le 17 avril à Yaoundé, de répondre à la « tendance – compréhensible – à vouloir émigrer, qui peut laisser croire que l’on trouvera facilement ailleurs un avenir meilleur » par « un désir ardent de servir votre pays ». La moitié de la population a moins de 18 ans et l’Église catholique locale reflète cette vivacité. Dans le diocèse de Biafa, il a été demandé à l’évêque de fonder à court terme dix nouvelles paroisses. Pour une partie des paroissiens, il est en effet difficile d’accéder aux sacrements et certains font des kilomètres à moto pour assister à la messe dominicale. Pourtant, le diocèse ne manque pas de vocations sacerdotales : avec 77 prêtres pour 30 séminaristes, le renouvellement paraît assuré. Mais les besoins dépassent encore les capacités de l’Église. À l’image des autres Églises africaines, celle du Cameroun, si fervente, rencontre des défis à la hauteur de son dynamisme et la mission confiée par le Pape : « Annoncer sans relâche [l’]Évangile est la mission de tout chrétien : c’est la mission que je confie tout particulièrement, à vous les jeunes, et à toute l’Église qui vit au Cameroun » a  ainsi exhorté Léon XIV lors de la messe tenue dans le Japoma Stadium de Douala, le 17 avril. 


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