Finances publiques : le Sénégal progresse mais la dette freine l’avenir

Par Amath Ndiaye, professeur d’Economie à l’Université Cheikh Anta Diop – Dakar.

Selon le dernier rapport trimestriel d’exécution budgétaire, en 2025, le Sénégal affiche des finances publiques en amélioration, avec un déficit en baisse et des recettes dynamiques. Mais derrière ces résultats encourageants, une contrainte majeure s’impose : le poids croissant de la dette, dont le service absorbe une part considérable des ressources publiques. Entre ajustement budgétaire, ralentissement de la croissance et besoin de financements extérieurs, le pays fait face à une équation délicate pour relancer durablement son économie.

Une exécution budgétaire 2025 globalement satisfaisante

Le Sénégal peut se prévaloir, en 2025, d’une amélioration tangible de la gestion de ses finances publiques. Les recettes budgétaires se sont établies à 4 477 milliards FCFA, soit 98,8 % des prévisions, en progression de 11,8 % sur un an. Dans le même temps, les dépenses ont été relativement contenues, permettant de ramener le déficit budgétaire à 6,44 % du PIB, contre une cible initiale de 7,82 %. Le déficit primaire, quant à lui, s’est fortement réduit pour s’établir autour de –1,4 % du PIB, traduisant un effort réel de consolidation. À première vue, cette trajectoire semble rapprocher le pays de son objectif de 3 % de déficit à moyen terme.

Un ajustement budgétaire qui freine la croissance hors hydrocarbures

Cette amélioration repose toutefois sur un ajustement budgétaire qui n’est pas sans effets collatéraux. La hausse des prélèvements et la compression des dépenses ont contribué à affaiblir la demande intérieure, pesant sur la consommation et l’investissement. Mais surtout, cet ajustement affecte directement la croissance hors hydrocarbures, qui constitue le socle réel de création d’emplois.

Dans un contexte où les attentes reposaient sur la montée en puissance du pétrole et du gaz, la situation se complique davantage : la stagnation des exportations pétrolières, à partir de 2026, va priver l’économie d’un relais de croissance essentiel. Dès lors, la dynamique globale s’en trouve fragilisée, avec une croissance qui pourrait chuter entre 2,2 % et 2,5 %, un niveau insuffisant pour répondre aux défis économiques et sociaux. Il devient ainsi particulièrement difficile de concilier discipline budgétaire et relance économique.

Le poids de la dette : principal verrou budgétaire

Au-delà du déficit, le véritable problème des finances publiques sénégalaises réside désormais dans la charge de la dette. En 2025, les intérêts ont atteint 1 088 milliards FCFA, soit environ 5 à 6 % du PIB. Plus préoccupant encore, leur évolution : entre 2024 et 2025, les intérêts ont augmenté d’environ 32 %, contre seulement 11,8 % pour les recettes publiques.

Autrement dit, la charge de la dette progresse près de trois fois plus vite que les ressources de l’État. Elle dépasse désormais les budgets cumulés de la santé, de l’enseignement supérieur, de la recherche, de l’innovation et de l’agriculture. Dans ces conditions, même un retour à l’équilibre primaire ne suffirait pas à rétablir l’équilibre budgétaire.

Le pays est pris dans une spirale d’endettement marquée par des financements plus coûteux et à maturités plus courtes, une dynamique que les tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient, pourraient accentuer via l’inflation et la hausse des taux d’intérêt.

Une trajectoire à reconstruire : vers un appui du FMI et une restructuration ?

Face à ces contraintes, atteindre un déficit de 3 % du PIB apparaît extrêmement difficile sans inflexion majeure. Le Sénégal a aujourd’hui besoin d’une trajectoire économique crédible et lisible, soutenue par le Fonds monétaire international, afin de restaurer la confiance des partenaires et d’attirer les financements extérieurs indispensables à la relance et à la transformation structurelle de l’économie.

Mais au-delà de cet ancrage, une conclusion s’impose : sans action sur la dette elle-même, l’ajustement budgétaire restera insuffisant. Une suspension ou une restructuration du service de la dette pourrait offrir une respiration budgétaire, libérer des ressources pour l’investissement et redonner de l’élan à la croissance.

Pr Amath Ndiaye
FASEG-UCAD

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.