À la veille de la réunion stratégique du samedi 16 mai à Carcassonne, le président de la FFR XIII appelle à une transformation urgente du championnat face aux ambitions australiennes et aux fragilités structurelles du rugby à XIII français. Entretien exclusif avec le dirigeant français.
Dominique Baloup ne masque plus son inquiétude face à l’avenir du rugby à XIII français. Après un échange à Sydney le mois dernier avec les dirigeants australiens de la NRL et de la Fédération Australienne de Rugby à XIII (Andrew Abdo et Peter V’landys), il estime que son sport entre dans une phase décisive de son histoire. « Il fallait qu’on les rencontre, parce qu’on entend des choses sur leur volonté d’intervenir dans la Super League », explique-t-il. Très vite, les intentions australiennes se précisent : « Leur souhait, c’est de réorganiser le rugby à XIII de l’hémisphère nord pour que, à chaque moment, partout dans le monde, on puisse voir du rugby à XIII de bon niveau à la télévision. »
Dans cette perspective, les dirigeants australiens imaginent une expansion internationale du modèle NRL. « Leur souhait, c’est d’installer une forme générale en Europe, avec un modèle comme ils ont fait à Las Vegas, mais à Paris, à Londres, puis dans toutes les grandes villes », poursuit Baloup, qui reconnaît avoir découvert l’ampleur du projet lors de ces échanges : « Moi, je ne le savais pas réellement jusqu’à ce qu’ils me le disent directement. »
Face à cette dynamique, le président de la FFR XIII insiste sur l’importance de ne pas rater cette opportunité : « Il ne faut pas que le rugby à XIII français loupe l’occasion de profiter de cette aubaine. » Mais il avertit également : « Ce n’est pas pour nous à la base. Il faut qu’on soit à la hauteur pour être un atout dans leur stratégie. »
Le constat qu’il dresse du championnat français est sans détour. « Aujourd’hui en jouant comme tout le monde de septembre à mai ou juin, il ne reste que des miettes en termes de médias et d’économie », regrette-t-il. « Plus personne ne s’intéresse au rugby à XIII, parce qu’il y a trop d’événements entre septembre et juin. S’il n’y a plus de place, comment on fait ? C’est impossible. » C’est dans ce contexte qu’intervient la réunion cruciale du samedi 16 mai à Carcassonne, consacrée à l’avenir du Super XIII et à l’hypothèse d’un décalage de calendrier dès la prochaine saison qui s’étirerait de décembre 2026 à juin ou juillet 2027. « L’idée, c’est de jouer dans une période où les médias sont plus accessibles », explique Baloup. « Entre juillet et septembre, il y a une fenêtre pour exister, attirer des partenaires et développer l’activité. » Si le projet divise les clubs, certains y voient une nécessité vitale. « Certains savent que, sans changement, ils disparaîtront économiquement dans trois à cinq ans », alerte-t-il. Et de résumer sans détour : « Si on ne change pas, on est mort. »
La fragilité du modèle économique actuel renforce cette urgence. « Le budget de la fédération est de plus en plus difficile à boucler », souligne-t-il, évoquant une dépendance quasi totale des clubs aux collectivités et la disparition progressive des partenaires privés. Dans le même temps, les ambitions australiennes ouvrent une perspective radicalement différente. « Ils veulent une Super League plus attractive, avec au moins trois clubs français », rapporte-t-il. Leur projet repose aussi sur une forte internationalisation : « Ils veulent organiser des matches de NRL à Londres, à Paris, à Munich, à Milan, à Barcelone. »
Mais cette ouverture s’accompagne d’exigences claires. « Montrez-nous ce que vous pouvez faire », leur ont-ils lancé. Et les conditions sont précises : « Il faut leur présenter un plan stratégique à trois ans, et ils répondront à chaque étape. » Autre point central : l’équipe de France. « Ils disent aussi qu’il faut que l’équipe de France redevienne forte », précise Baloup, évoquant des pistes sur l’éligibilité des joueurs et la structuration de la filière comme c’est le cas avec les îles du Pacifique. En conclusion, le président de la FFR XIII résume l’enjeu avec gravité : « Il y a un train à prendre. » Et de prévenir : « sans évolution rapide, le rugby à XIII français risque de rester à quai, face à un avenir de plus en plus incertain. Après, mais je n’en fais pas une fixation. Si jamais on ne veut pas changer, on ne change pas. Et puis le rugby à XIII il fera ce qu’il fera, mais ce sera sans moi. »
À travers cet échange, Dominique Baloup dresse le portrait d’un rugby à XIII français à la croisée des chemins. Entre des finances fragilisées, une visibilité médiatique en recul et des modèles étrangers en pleine expansion, la marge de manœuvre apparaît réduite mais encore existante. Pour le président de la FFR XIII, l’enjeu est désormais clair. Le championnat doit se réformer rapidement pour ne pas subir un basculement décidé ailleurs. « Le train est là », résume-t-il en filigrane. Reste à savoir si le rugby à XIII français choisira d’y monter à temps.
Crédit: Lien source