Débâcle à Kidal, blocus de Bamako : la junte malienne et ses alliés russes, pris au piège, déchantent. Moins de cinq ans après l’arrivée des mercenaires de Wagner, le mirage se dissipe.
«Les autorités maliennes ont tout à fait le droit de choisir des partenaires fiables pour assurer l’intégrité territoriale de leur pays. » La sortie, datée du 30 décembre 2021, est signée Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe. À l’époque, les mercenaires de Wagner commencent à prendre leurs quartiers au Mali tandis que les troupes de Barkhane se préparent à lever le camp. Moscou exulte, fustigeant les « colons » français pour mieux vanter les mérites d’une nation « amie », prétendument vouée à la stabilité du pays. Le mirage n’aura duré qu’un temps.
Depuis le 25 avril, l’étau se resserre sur la junte militaire d’Assimi Goïta et son parrain russe. Les djihadistes du Jnim et des rebelles touaregs ont lancé une offensive d’envergure. Les verrous stratégiques de Gao, Tombouctou et Sévaré vacillent. Même la capitale, Bamako, quasi encerclée, est soumise à un blocus.
Camouflet pour le Kremlin
C’est à Kidal que l’humiliation pour Moscou a pris corps. Les troupes de Vladimir Poutine ont dû abandonner cette place forte – symbole de la souveraineté retrouvée de l’État malien dans le Nord – pour éviter un bain de sang.
Un camouflet pour le Kremlin, qui avait érigé le Mali en vitrine de son savoir-faire sécuritaire. Surtout que le pouvoir russe pilote directement les opérations dans le pays depuis la mort d’Evgueni Prigojine et la dissolution de sa milice Wagner. Les quelque 2 500 hommes de Poutine refluent désormais pour tenter de sauver un régime aux abois.
Loin des envolées de Maria Zakharova, le chaos actuel le confirme : l’objectif du Kremlin n’a jamais été le contre-terrorisme, mais l’instrumentalisation d’une junte comme levier d’influence en Afrique de l’Ouest.
Cette impuissance du couple Bamako-Moscou plonge le pays dans une nouvelle crise existentielle et fait écho au pronostic, un brin sardonique, qu’un haut gradé français avait confié au Point au moment de quitter Gao : « Bon courage aux Russes, ils risquent de déchanter rapidement. » Nous y sommes.
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