AA / Yaoundé / Ahmet Emin Donmez
Les Touaregs, revenus au centre de l’attention après les attaques menées par des groupes armés au Mali, continuent d’incarner l’un des peuples les plus emblématiques d’Afrique par leur histoire pluriséculaire, leur mode de vie nomade et leurs revendications politiques contemporaines.
Bien que l’origine des Touaregs ne puisse être datée avec précision, les historiens considèrent qu’ils sont issus des populations berbères (amazighes) et qu’ils possèdent des racines remontant à l’Antiquité. Actifs sur les routes commerciales transsahariennes, les Touaregs se sont notamment illustrés dans le commerce du sel et de l’or.
Traditionnellement nomades ou semi-nomades, les Touaregs ont adapté leur mode de vie aux conditions difficiles du désert du Sahara, vivant principalement de l’élevage et d’activités agricoles limitées.
Les Touaregs sont aujourd’hui répartis dans plusieurs pays de la bande saharo-sahélienne, principalement au Mali et au Niger, mais aussi en Algérie, en Libye et au Burkina Faso. Avec le tracé des frontières modernes, les communautés touarègues ont été divisées entre plusieurs États, perdant en grande partie leurs espaces de vie historiquement unifiés.
Il n’existe pas de données précises concernant la population totale touarègue, mais plusieurs sources académiques et internationales estiment leur nombre entre 2 et 3 millions.
La plus importante population touarègue se trouve au Niger, avec environ 1,5 million de personnes, tandis qu’au Mali elle est estimée entre 800 000 et un million. Des communautés plus réduites vivent également en Algérie et en Libye, alors que la population touarègue du Burkina Faso demeure plus limitée.
Depuis le découpage des frontières à l’époque coloniale, les relations entre les Touaregs et les pouvoirs centraux restent souvent marquées par des tensions, notamment au Mali et au Niger, où leurs revendications politiques et économiques persistent depuis plusieurs décennies. Ces revendications portent généralement sur une plus grande autonomie, un renforcement des pouvoirs locaux et une répartition plus équitable des ressources naturelles.
Dans ce contexte, les carences en infrastructures, la pauvreté et les difficultés d’accès aux services publics dans les régions touarègues alimentent régulièrement des révoltes armées.
Contexte historique des rébellions touarègues au Mali
Les origines des rébellions touarègues au Mali remontent aux premières années ayant suivi l’indépendance du pays en 1960. La première grande insurrection éclate en 1963, suivie par de nouveaux soulèvements dans les années 1990 puis après 2006.
Les affrontements des années 1990 ont été temporairement apaisés par des accords de paix, mais le sous-développement économique du nord du pays et la faiblesse persistante de l’autorité de l’État ont empêché l’émergence d’une solution durable.
L’insurrection de 2012 a toutefois provoqué une crise d’une ampleur bien plus importante, notamment après le retour dans la région de combattants touaregs armés venus de Libye à la suite de la guerre civile dans ce pays.
Cette période est considérée comme le début d’une crise sécuritaire multidimensionnelle au Mali, mêlant revendications séparatistes et montée en puissance des groupes jihadistes.
Les Touaregs du Mali réclament autonomie et indépendance
Les groupes touaregs réclament depuis plusieurs années l’autonomie, voire l’indépendance, de la région qu’ils appellent « Azawad », située dans le nord du Mali. Cette revendication est présentée non seulement comme une question politique, mais aussi comme un enjeu identitaire, culturel et économique lié à l’accès aux ressources.
Les Touaregs accusent Bamako d’avoir délibérément marginalisé les régions du nord, tandis que les autorités maliennes insistent sur la préservation de l’intégrité territoriale du pays.
En 2012, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) avait annoncé la création d’un « État de l’Azawad » indépendant dans le nord du Mali, sans toutefois obtenir de reconnaissance internationale.
L’Accord de paix d’Alger signé en 2015 visait à réduire les tensions, mais les difficultés de mise en œuvre, le manque de confiance entre les parties et la fragmentation des groupes armés ont empêché tout règlement durable. Les autorités maliennes ont finalement mis fin de facto à cet accord en 2024.
La revendication de l’Azawad se poursuit aujourd’hui sous différentes formes, notamment à travers de nouveaux mouvements comme le Front de libération de l’Azawad (FLA), créé en 2024 après l’unification de plusieurs groupes séparatistes touaregs du nord du Mali. Cette question demeure le principal point de désaccord entre le pouvoir central et les groupes armés du nord.
Les attaques simultanées lancées le 25 avril au Mali
Les attaques coordonnées lancées le 25 avril au Mali ont provoqué l’une des plus graves crises sécuritaires qu’ait connue le pays ces dernières années, remettant au premier plan le rôle des groupes séparatistes touaregs sur le terrain.
Le 25 avril au matin, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), et des groupes séparatistes touaregs réunis au sein du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont lancé des attaques coordonnées dans plusieurs régions du pays.
De violents affrontements, accompagnés d’explosions et de tirs nourris, ont été signalés dans plusieurs villes, notamment à Bamako autour de la base militaire de Kati et du camp militaire situé près de l’aéroport Modibo Keita, ainsi qu’à Kidal, Gao et Sévaré.
Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été visé par un attentat-suicide à la bombe contre son domicile à Kati. Blessé lors de l’attaque, il est décédé à l’hôpital.
Le FLA a ensuite annoncé avoir pris le contrôle total de la ville de Kidal, dans le nord du pays, tandis que des mercenaires du Corps africain russe ainsi que des soldats maliens ont quitté la ville dans le cadre d’un accord conclu entre les parties.
L’armée malienne a affirmé avoir neutralisé des centaines de « terroristes » lors d’opérations aériennes menées dans plusieurs régions dans le cadre des opérations de ratissage lancées après les attaques.
Les développements sur le terrain montrent l’existence d’une coordination tactique entre le JNIM, lié à Al-Qaïda, et le FLA, qui défend un projet d’État indépendant fondé sur une revendication identitaire dans la région de l’Azawad. Malgré des objectifs distincts, les deux organisations semblent capables d’exercer simultanément une pression contre le pouvoir central.
Les observateurs considèrent que les récents événements constituent la crise sécuritaire la plus grave au Mali depuis 2012.
Cette situation illustre le retour de la question touarègue dans une nouvelle phase armée et met en évidence l’affaiblissement du fragile équilibre entre le nord du Mali et le pouvoir central.
* Traduit du turc par Serap Dogansoy
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