Tournée de Barrot dans le Golfe: fermeté et solidarité de la France avec ses partenaires régionaux

PARIS: La tournée du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans le Golfe, menée dans un contexte de fortes tensions après les frappes iraniennes, s’inscrit dans une double logique de fermeté et de diplomatie.

Répondant aux questions d’Arab News en français à son retour à Paris, Barrot a souligné que sa tournée visait à réaffirmer la solidarité de la France avec ses partenaires régionaux, tout en mettant en avant sa crédibilité sécuritaire, illustrée par des actions concrètes de défense.

Dans le même temps, la France continue de plaider pour une désescalade et une solution politique durable, fondée sur la reprise du dialogue avec l’Iran et la stabilisation de l’ensemble du Moyen-Orient.

De la sécurité du Golfe à la situation critique du Liban, en passant par les tensions israélo-iraniennes et la question palestinienne, la tournée de Barrot souligne la volonté française de maintenir un rôle d’équilibre, entre engagement stratégique et recherche constante d’une issue diplomatique aux crises régionales.

La tournée dans le Golfe que vous avez effectuée à Riyad, Mascate et Abou Dabi intervient après les bombardements iraniens qui ont visé la région. Quel message avez-vous porté aux quatre pays qu’englobe cette tournée ?

J’ai porté un message de solidarité auprès des pays du Golfe, qui ont tous été visés par des frappes iraniennes injustifiables, que la France a condamnées avec la plus grande fermeté.

La France a démontré qu’elle était un partenaire fiable et prévisible : nous avons, en légitime défense, abattu des drones dès les premières heures du conflit pour défendre l’espace aérien de nos alliés. La sécurité de nos partenaires régionaux est une priorité absolue. Ils savent pouvoir compter sur nous.

La France prône la désescalade, mais a-t-elle les moyens d’influencer les acteurs majeurs du conflit ?

Nous portons le même message depuis le début du conflit : la prolongation indéfinie des opérations militaires sans objectif précis comporte le risque d’un engrenage qui entraînerait la région dans une longue période d’instabilité, dont l’issue serait très incertaine et porterait atteinte aux pays de la région, aux intérêts européens et à l’économie mondiale.

Notre priorité est donc la désescalade et la recherche d’un règlement politique durable : c’est ce à quoi la France, aux côtés de ses partenaires, appelle. Il faut pérenniser le cessez-le-feu et faire en sorte que les négociations entre les États-Unis et l’Iran reprennent. Une paix durable dans la région n’est possible qu’à travers une solution politique pérenne au défi iranien, garantissant que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire et répondant aux menaces posées par son programme balistique et ses activités de déstabilisation.

Entre Washington et Téhéran, la voix de la France est-elle encore audible ?

Nous ne sommes pas belligérants et ne souhaitons pas le devenir. Mais recul ne signifie pas inaction. Notre crédibilité repose sur la constance de nos positions, que nous défendons sans relâche auprès des différentes parties et qui sont validées par les évolutions en cours.

La France est l’un des rares pays à maintenir des contacts réguliers avec l’Iran et à ne pas avoir fermé son ambassade à Téhéran pendant la guerre. 

Jean-Noël Barrot

Nous échangeons régulièrement avec nos alliés américains à propos de cette guerre. Le président de la République échange régulièrement avec le président Trump au sujet de la crise iranienne. La menace à la sécurité internationale que fait peser l’Iran exige une réponse collective, comme cela a été le cas avec le JCPOA en 2015.

La France est l’un des rares pays à maintenir des contacts réguliers avec l’Iran et à ne pas avoir fermé son ambassade à Téhéran pendant la guerre. Le président de la République a échangé à de nombreuses reprises avec le président iranien et je m’entretiens très régulièrement avec mon homologue.

Considérez-vous cette tournée comme un succès diplomatique ?

Cette tournée a permis à la France de renforcer sa coordination avec ses partenaires régionaux, qui doivent être des acteurs centraux de la nouvelle architecture de sécurité régionale. Nous partageons des intérêts de sécurité avec nos partenaires du Golfe ; ce travail diplomatique est donc indispensable pour rapprocher nos positions et bâtir une paix durable dans la région. L’enjeu était aussi d’approfondir nos partenariats bilatéraux, dont la crise a montré à quel point ils sont essentiels pour notre sécurité et notre prospérité communes.

Soutien indéfectible de la France au Liban

Au sujet du Liban, qui a récemment reçu la visite du prince Yazid Ben Farhane, avez-vous plaidé pour une accélération du soutien à l’armée libanaise afin de lui permettre d’étendre la souveraineté sur l’ensemble du pays ?

La montée en puissance de l’armée libanaise, et plus généralement des forces de sécurité libanaises, est au cœur de l’agenda de souveraineté porté par le président Aoun et le Premier ministre Salam depuis leur arrivée au pouvoir. Notre objectif est clair : leur permettre de mettre en œuvre cet agenda, car c’est l’une des clés d’un Liban enfin débarrassé des influences étrangères et donc à l’abri des tourments régionaux.

Notre conviction est que l’exécutif libanais est sincère dans sa volonté de renforcer la souveraineté de l’État et de parvenir au monopole complet des armes.

Jean-Noël Barrot

Cette mise en œuvre ne pourra être que progressive et conduite par les Libanais eux-mêmes. Il en va de la stabilité du Liban. Les récents développements ne font que renforcer la pertinence de cet objectif. Notre conviction est que l’exécutif libanais est sincère dans sa volonté de renforcer la souveraineté de l’État et de parvenir au monopole complet des armes. Sur ce plan, aucun gouvernement libanais n’avait pris de décisions aussi courageuses que celui de Nawaf Salam.

Ce qui manque aux autorités libanaises, ce sont essentiellement des moyens, ainsi qu’un soutien fort de la communauté internationale.

C’est la raison pour laquelle nous avions décidé, en début d’année, dans le prolongement des progrès accomplis par le Liban dans la mise en œuvre de son plan de désarmement « Nation Shield », d’organiser le 5 mars à Paris une conférence internationale de soutien à l’armée et aux forces de sécurité intérieure libanaises, avec le soutien du Quintette, dont l’Arabie saoudite est un moteur. La reprise de la guerre nous a malheureusement contraints à reporter cette échéance.

À la faveur du cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril, nous souhaitons la reprogrammer dès que possible et y travaillons en étroite coordination avec les autorités libanaises et nos partenaires du Quintette. Au-delà des moyens décisifs qu’elle permettra de mobiliser au profit des forces de sécurité libanaises, cette conférence sera aussi l’occasion de définir un nouveau cadre international d’appui à l’armée libanaise, puisque le mandat de la FINUL prendra fin le 31 décembre prochain.

Après des mois de tension, le Liban peut-il encore éviter l’effondrement total ?

Je tiens d’abord à renouveler le soutien indéfectible de la France au Liban, à ses autorités et à son peuple, qui tiennent bon et font preuve d’une résilience remarquable face aux épreuves traversées.

Malgré la guerre qui lui a été imposée une nouvelle fois, le peuple libanais, dans toutes ses composantes, fait preuve d’un esprit de solidarité notable. Cet esprit doit perdurer, car les conséquences humanitaires de la guerre se feront ressentir durablement.

Nous devons tous œuvrer en ce sens, car le risque d’une faillite de l’État libanais ne peut être écarté, ce qui aurait des conséquences majeures pour toute la région, y compris pour la stabilisation de la Syrie.

Dans ce contexte fragile, j’en appelle à la responsabilité des acteurs politiques libanais. Ils doivent préserver la concorde civile et poursuivre les réformes économiques et financières nécessaires, notamment en conformité avec les exigences du FMI.

Le risque d’un affrontement direct entre l’Iran et Israël est-il évitable ?

Notre objectif est précisément de l’éviter. Cela passe par la désescalade, le maintien du dialogue et la construction d’un cadre de sécurité régional incluant l’ensemble des acteurs.

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