Ce mercredi matin (6 mai), dès 7 heures, une manifestation s’est tenue devant le lycée Jardin d’Essai, aux Abymes. À l’origine de ce rassemblement, une liste diffusée la veille, mardi 5 mai, sur les réseaux sociaux entre élèves. Celle-ci mettait en scène des photos de lycéennes de l’établissement, classées dans différentes catégories accompagnées de commentaires dégradants.
Dans ce “classement”, les jeunes filles étaient réparties selon des intitulés humiliants et parfois violents. Parmi les mentions relevées figurent notamment « deux ballons d’or », « DOMINE MWAAA!!!! », « WAAAF WAAAF » ou encore « J’touche pas avec un bâton ». D’autres catégories, beaucoup plus vulgaires, comportaient des propos à caractère sexiste et sexuel, renforçant le caractère offensant de cette publication.
Au total, près de 80 lycéennes auraient été victimes. Leurs photos, utilisées sans leur consentement, ont été associées à des commentaires dégradants puis massivement partagées, principalement par des garçons de l’établissement.
Face à la gravité des faits, la direction du lycée a décidé de porter plainte et encourage les familles à faire de même. Les auteurs présumés auraient d’ores et déjà été identifiés.
Parmi les manifestantes, Keurslane, 17 ans, dénonce une situation difficile à contenir.
« On a essayé de limiter la diffusion de nos photos mais malheureusement, ça a tourné. C’est quelque chose qui nous suit car internet, ça reste. Aujourd’hui, on manifeste pour montrer notre mécontentement, notre indignation. On tient à ce que des mesures nécessaires soient prises à leur égard, mais aussi à une échelle plus grande, pour que les gens comprennent ce que, nous les filles, subissons au quotidien en tant qu’adolescentes. »
Keurslane, 17 ans, lycéenne
Inès, également âgée de 17 ans et présente dans la liste, pointe du doigt un phénomène plus large.
« En fait, ils se sentent supérieurs parce qu’ils ont développé une sorte de haine envers les femmes, parce qu’ils se sentent rejetés et qu’ils sont célibataires, ce qui s’appelle des incels. C’est irrespectueux et inacceptable. »
Inès, 17 ans, lycéenne
Du côté des parents, l’inquiétude est également palpable. Flora Fleurival souligne les risques liés à la viralité des contenus en ligne.
« Avec les réseaux sociaux, ça va tellement vite, tellement loin qu’il va falloir qu’on aille porter plainte. On a d’autres inquiétudes puisque les images peuvent être diffusées à d’autres fins. Elle passe son bac cette année, les études viennent derrière, je ne voudrais pas que ma fille soit pénalisée pour une photo. »
Flora Fleurival, parent d’élève
Le proviseur de l’établissement, Harry Araminthe, assure que des mesures ont été rapidement mises en place : une cellule d’écoute a été créée afin d’accompagner les victimes et leurs familles, notamment dans leurs démarches judiciaires. Des mesures conservatoires ont également été prises pour écarter les élèves mis en cause, en attendant d’éventuelles sanctions disciplinaires.
« Ce qui nous importe pour l’instant, à quelques jours du bac, c’est de retrouver le calme et de travailler en toute sérénité avec les élèves. Il est important que les filles et les garçons puissent vivre ensemble dans le respect au quotidien. »
Harry Araminthe, proviseur de l’établissement
Dans un communiqué, le rectorat a également condamné avec fermeté ces faits graves, susceptibles de relever d’infractions pénales. Dès leur signalement, l’établissement a d’ailleurs pris des mesures immédiates : « identification des auteurs potentiels et mise en œuvre de mesures conservatoires, engagement de procédures disciplinaires, signalement à la Procureure de la République au titre de l’article 40 du code de procédure pénale et dépôt de plainte« .
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