Interview. « J’arrive sans a priori » : qu’est venu chercher Dominique de Villepin à Rennes en vue de la présidentielle ?

Aux Plaisirs Démodés (ça ne s’invente pas), le ministre puis Premier ministre au début des années 2000, Dominique de Villepin a tenu une réunion publique dans ce bar du centre historique de Rennes, mercredi 6 mai au soir. Le loup de mer de la politique française entend jouer le rôle de rassembleur à la présidentielle 2027, sans officialiser sa candidature. De Nathalie Appéré, la maire de la capitale bretonne, aux agriculteurs d’une ferme bio, en passant par des élus du territoire et ses sympathisants… Il est venu chercher des idées de justice sociale, d’écologie, pour montrer qu’il est en phase avec son temps. L’ancien proche de Jacques Chirac a accordé une interview à actu Rennes.

Actu : Pourquoi êtes-vous venu en Bretagne ce mercredi ?

Dominique de Villepin : J’ai un attachement très très ancien à la Bretagne parce que j’y ai passé mes vacances pendant des dizaines d’années, du côté de Saint-Briac où ma famille est implantée. J’ai beaucoup d’attachement à tout ce qui touche à la culture de cette région. et à son identité très marquée, très forte, très puissante.

C’est pour ça que j’étais très heureux de faire la visite d’agriculteurs dans le secteur du bio et de voir à quel point il y avait un esprit de recherche, d’innovation et une capacité formidable d’adaptation et d’ouverture. Il y avait un jeune qui travaillait dans cette ferme venant de Sciences Po, une autre qui était ingénieure, et tout ça vit ensemble, réfléchit ensemble, innove. C’est vraiment une ruche de talents qui mérite d’être encouragée.

Et puis bien sûr il y a l’importance que joue la Bretagne dans notre pays sur le plan économique, sur le plan agricole, industriel, toute sa filière agroalimentaire…

Moi j’arrive sans a priori mais avec le souci d’apporter des réponses à un pays qui est en difficulté aujourd’hui et qui s’inquiète de son avenir.


Vous êtes en quelque sorte venu chercher des idées.

D.dV. : J’ai été très heureux de rencontrer ce matin la maire de Rennes et d’autres élus. Tous m’ont apparu avec le désir de privilégier la recherche de solutions et ça, ça fait plaisir parce que quand on n’est pas dans la logique de confrontation, on découvre que le champ des possibles est immense.

J’évoquais avec la maire ce matin les initiatives qu’elle a prises dans le domaine du logement, par exemple pour faire en sorte que le prix des logements sociaux puisse être harmonisé, quels que soient les quartiers. Voilà des initiatives qui mériteraient d’être développées dans d’autres villes.

Ce qui est intéressant, c’est de voir qu’à chaque fois, on se bat pour mettre en place des procédures qui peuvent faire école et se développer. Je vois la très grande sensibilité qu’il y a ici sur les questions écologiques, face par exemple à la question de l’eau, des pesticides. Là aussi, il y a tout un laboratoire, toute une attention portée à ces sujets qui est, je crois, très importante et très stimulante.

Historiquement, Ntahalie Appéré n’apparaît pas sur votre ligne politique.

D.dV. : Vous savez c’est la maire de Rennes, donc il y a des réalités. Mais surtout, quand vous êtes face à des gens qui ont le souci de faire, les clivages, les distinctions idéologiques s’estompent très vite.

Moi j’arrive sans a priori mais avec le souci d’apporter des réponses à un pays qui est en difficulté aujourd’hui et qui s’inquiète de son avenir.

Il faut être capable de créer des majorités qui dépassent la simple démocratie numérique. Et ça suppose de construire des démocraties territoriales, sociales, innovantes, Si je prends le cadre de la réforme des retraites, je ne crois pas du tout que le prochain ou la prochaine présidente de la République pourra faire passer une réforme des retraites simplement avec 50 % des voix plus une.

Il faudra plus parce qu’il y a besoin aujourd’hui d’élargir nos capacités à convaincre. Et ça veut dire être capable, par exemple, d’organiser une conférence sociale, une convention citoyenne permanente sur la question des retraites et d’envisager éventuellement un référendum à la fin d’un processus.

Mais on a besoin de construire des légitimités qui dépassent les oppositions traditionnelles. Et ça, ça veut dire qu’il faut être capable de travailler avec tout le monde.

Comment ?

D.dV. : Dans mon esprit, il y a trois grands principes qui sont essentiels. Certains sont perçus comme étant à gauche et d’autres à droite.

L’exigence de justice sociale. Je crois que c’est quelque chose qui s’est perdu au fil des trois derniers présidents de la République. L’exigence de justice sociale n’est pas au rendez-vous quand le premier quinquennat de Macron débarque avec la baisse des APL et la suppression de l’impôt sur la fortune.

Aujourd’hui, si on veut demander des efforts aux Français, il faut d’abord affirmer que ceux qui sont les mieux placés doivent apporter la contribution la plus importante. C’est une règle absolue.

Après, l’ordre. C’est plutôt perçu comme étant de droite. Moi, ma conviction, c’est que l’ordre tout seul – c’est souvent ce qu’affirment les Républicains et le Rassemblement national – ce n’est pas suffisant. Il faut un ordre républicain respectueux de l’Etat de droit. Un État de droit qui serait considéré comme ni intangible ni sacré, mais qui serait vraiment considéré comme la pierre d’angle de notre République.

Et puis le troisième principe cardinal, c’est l’idée d’un progrès économique et écologique. On a besoin d’avoir une société qui se développe, qui avance, qui connaît de la croissance et qui est capable de mieux distribuer et répartir la richesse. 

Nous sommes mobilisés aujourd’hui pour préparer les conditions d’une candidature.


Avez-vous commencé à recueillir des parrainages en vue de la présidentielle 2027 ?

D.dV. : Oui, oui. On a une équipe de près de 100 personnes qui est déployée sur l’ensemble du territoire national et qui est entièrement mobilisée pour aller voir les maires, les appeler et essayer de convaincre le plus grand nombre de maires. Je ne veux pas donner de chiffres. Les choses avancent bien.

Était-ce aussi le but de votre déplacement en Bretagne ce jour ?

D.dV. : Ce n’est pas quelque chose que j’aborde en permanence, mais c’est quelque chose qui est lié. C’est l’idée que, oui, nous sommes mobilisés pour aujourd’hui préparer les conditions d’une candidature.

Et dans le cadre d’une campagne présidentielle, il y a trois exigences qui sont incontournables. La première, c’est les parrainages, qui ne sont pas aujourd’hui ce qui paraît le plus compliqué. La deuxième, c’est les moyens financiers et ça c’est quelque chose qui est compliqué parce que réunir pour une campagne électorale 5, 10, 20 millions d’euros, ce n’est pas quelque chose qui est facile quand les banques sont évidemment très frileuses. Et puis la troisième condition d’une campagne réussie, c’est la capacité à mobiliser. Il se trouve que nous, en quelques mois, nous avons le premier parti de jeunes de France. On a dépassé les 100 000 adhérents et le parti est en croissance.

Tous les autres sont dans leur couloir. Nous, notre identité, c’est l’identité de la France et celle de rassembler tous les Français, toutes les Françaises.

Pour réunir ces trois éléments, ne serait-pas plus simple de se déclarer candidat ?

D.dV. : Ceux qui l’ont fait ont regretté ou en tout cas ont ralenti. Je pense que la bataille des annonces de candidature, elle répond d’abord à la volonté d’écraser les velléités concurrentes dans son camp. Quand Mélenchon se déclare très vite, il adresse un message à la gauche. Quand Édouard Philippe se déclare très vite, c’est pour adresser un message au bloc central. Et quand Bruno Retailleau se déclare très vite, c’est pour adresser un message aux Républicains. Est-ce que cela écarte les rivalités ? Non. Donc vous voyez bien, tout ça, ça tourne en rond.

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