Gabriel Zucman: ‘L’explosion de la fortune des milliardaires est un phénomène mondial particulièrement puissant en France’ | LCP

Auditionné par les députés de la commission d’enquête sur l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés, ce mercredi 6 mai, l’économiste Gabriel Zucman a relativisé le phénomène d’accroissement des inégalités en France depuis les années 1980, tout en faisant état d’une « explosion de la fortune des milliardaires » au regard des 500 foyers fiscaux les plus riches du pays.

« La France se caractérise par l’extrême prospérité de ses milliardaires« . Tel est l’un des constats posés par Gabriel Zucman, ce mercredi, devant la commission d’enquête « relative à l’imposition des plus hauts patrimoines et des revenus les plus élevés et à leur contribution au financement des services publics », présidée par Jean-Paul Matteï (Les Démocrates) et dont Charles de Courson (Liot) est le rapporteur. Une audition au cours de laquelle l’économiste, qui enseigne à l’Ecole normale supérieure, à la Paris School of Economics et à l’université de Californie à Berkeley, a analysé les causes de la concentration du capital économique, avant de revenir sur sa fameuse proposition d’impôt plancher.

« L’envolée extraordinaire » de la richesse des milliardaires

« L’augmentation des ratios capital sur revenus, c’est l’une des tendances les plus importantes de l’économie mondiale des dernières décennies« , a commencé par rappeler Gabriel Zucman, énumérant plusieurs facteurs qui, à partir des années 1980, ont contribué à faire fructifier le patrimoine et à renforcer le pouvoir économique du capital. Et de citer parmi ces transformations économiques la libéralisation du marché immobilier, la baisse de l’impôt sur les sociétés, ou encore la concurrence fiscale au niveau des Etats souvent traduite par une tendance à la baisse.

L’économiste a par ailleurs évoqué le rôle de l’évolution démographique : « Quand on ne fait plus d’enfants, que la population n’augmente plus, le capital, ce qui a été accumulé par le passé, a forcément un poids qui devient disproportionné par rapport aux richesses qui sont nouvellement créées.« 

Gabriel Zucman a cependant récusé l’idée que le contexte français serait particulièrement propice à un phénomène général d' »explosion des inégalités« . « Si on regarde la part des 10%, ou même des 1% les plus riches dans le patrimoine total, la France se caractérise par une petite augmentation des inégalités depuis les années 80« , a-t-il indiqué, « mais ce n’est certainement pas comparable à ce que l’on peut voir aux Etats-Unis« .

Il a, en revanche, braqué le projecteur sur les 500 foyers fiscaux français les plus riches, considérant que « la France se caractérise par l’extrême prospérité de ces milliardaires » et parlant d’une « envolée extraordinaire » de leur richesse. Chiffres à l’appui, il a aussi mis en évidence qu’en 1996, le capital des foyers fiscaux les plus riches équivalait à 6% du PIB, contre 12% en 2010, et 42% en 2024. « Si ces 500 plus grandes fortunes dépensaient tout leur argent, elles pourraient acheter l’équivalent de presque la moitié de tout ce qui est produit sur une année donnée en France« , a-t-il expliqué, évoquant au travers de cette richesse ce qui est d’abord « un très grand pouvoir« .

Une forme de particularisme, si ce n’est dans la situation en tant que telle, en tout cas dans son ampleur, Gabriel Zucman indiquant que « l’explosion de la fortune des milliardaires est un phénomène mondial, mais qui a été particulièrement puissant en France« .

Impôt plancher : une mesure « juste » et « ciblée »

Devant les députés, l’économiste n’a pas tardé à mettre en avant le potentiel de recettes fiscales constitué par la taxation de ces très hauts patrimoines. « Prenons un chiffre au hasard (…), si l’on taxait à 2% le patrimoine de ces 500 plus grandes fortunes, cela pourrait rapporter mécaniquement l’équivalent de 0,8% de PIB« , a-t-il ironisé dans une référence à peine voilée à la désormais célèbre « taxe Zucman », impôt plancher par lequel il propose de taxer à hauteur d’un minimum de 2% le patrimoine des plus riches. « Si on veut stabiliser le ratio de dette sur PIB de la France à moyen terme, on a besoin de réduire le déficit public de l’ordre de 2 à 3% de PIB. 0,8% ce n’est certes pas suffisant, mais c’est tout de même important« , a fait valoir l’économiste.

L’impôt ne devrait pas pouvoir être régressif. Les personnes les plus fortunées ne devraient pas payer moins d’impôts que le reste de la population. Gabriel Zucman

Au passage, Gabriel Zucman a voulu tordre le cou à l’idée que la taxe qu’il défend reviendrait à recréer une forme d’impôt sur la fortune, allant jusqu’à affirmer qu' »à bien des égards, il s’agit de prendre le contre-pied de l’ISF« . Rappelant que « l’ISF était un impôt qui commençait à environ un million de patrimoine« , il a réaffirmé que sa taxe « ne toucherait que les personnes qui détiennent plus de 100 millions d’euros de patrimoine« . « Il ne s’agit pas de plafonner [la richesse], mais de créer un plancher [d’imposition]. Par définition, on ne vient pas surtaxer« , a-t-il considéré, décrivant sa mesure comme « la plus ciblée et la plus juste qui puisse être imaginée« .

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.