Les résidents de l’île néo-brunswickoise de Campobello, dans la baie de Fundy, se sentent particulièrement isolés et vulnérables dans le contexte des tarifs douaniers américains et des contre-tarifs canadiens.
Nous n’avons aucune station-service, aucune banque. Nous sommes très isolés et il est difficile de conduire pendant une heure pour aller dans notre propre pays
, indique une résidente, Valerie Mabey.
Les quelque 1000 résidents de l’île sont principalement reliés au continent par un pont qui les mène à Lubec, au Maine, où ils achètent de l’essence et des produits de base.
Le traversier privé qui relie les îles Campobello et Deer n’est actif que durant l’été.
Photo : Radio-Canada / Allyson McCormack
Ces gens doivent payer à leur retour les contre-tarifs canadiens de 25 % sur certains produits qu’ils ont achetés aux États-Unis. Ils craignent les autres tarifs douaniers que le président Donald Trump veut imposer sur les produits canadiens à compter du 2 avril.
Je crois que nous sommes en quelque sorte laissés à nous-mêmes. Nous faisons partie du Canada, mais personne ne semble reconnaître cela. Je ne crois pas que l’on comprenne cela. Il faut vivre ici pour comprendre cela
, estime Valerie Mabey.
Des résidents de Campobello qui veulent des soins de santé ou d’autres services publics ailleurs au Nouveau-Brunswick doivent conduire dans le Maine pour franchir la frontière à St. Stephen. Les résidents peuvent aussi prendre un traversier en été qui les mène à l’île Deer.
Nous répliquons avec des tarifs imposés à notre population
Le maire de Campobello, Harvey Matthews, a demandé à Ottawa d’accorder une exemption à sa communauté, mais sans réponse jusqu’à présent.
C’est un peu décourageant quand votre propre pays vous fait cela. Il faut que quelque chose change parce que nous répliquons avec des tarifs imposés à notre population. C’est insensé
, lance Harvey Matthews.

Le maire de Campobello, Harvey Matthews.
Photo : Radio-Canada
La première ministre Susan Holt a aussi fait cette demande à Ottawa.
Nous voulons qu’une exemption soit mise en place. Nous n’avons pas eu de succès au gouvernement fédéral jusqu’à présent, mais nous n’avons pas arrêté de lui demander cela
, a déclaré Susan Holt.
Le ministère des Finances du Canada n’a pas accordé d’entrevue à ce sujet.
Un petit marché d’alimentation gagne des clients
Entre-temps, Praveen Chindaluri, employé du commerce CampobelloValue Foods, dit voir de nouveaux clients ces temps-ci.
Certains résidents, selon lui, refusent de franchir la frontière à cause des tensions en cours
. Les douaniers vérifient parfois chaque objet qui se trouve dans la voiture
pour imposer des tarifs.

Praveen Chindaluri, employé du marché d’alimentation Campobello Value Foods.
Photo : Radio-Canada / Allyson McCormack
Ce marché d’alimentation fait ce qu’il peut pour garnir ses étalages et réduire les besoins des résidents d’aller s’approvisionner au Maine, ajoute Praveen Chindaluri.
Une cliente, Wendy Smart, dit avoir réduit le nombre de ses passages frontaliers à deux ou trois
en mars. Elle craint les nouveaux tarifs douaniers américains à venir cette semaine.

Wendy Smart, résidente de Campobello, franchit la frontière moins souvent ces temps-ci.
Photo : Radio-Canada / Allyson McCormack
Nous sommes très inquiets pour ceci et cela
, affirme Wendy Smart. Ces tarifs vont toucher beaucoup de monde, beaucoup de choses.
Pour un traversier quatre saisons
Les tensions tarifaires stimulent la demande pour un traversier qui serait actif toute l’année, selon un résident, Ron Beckwith. Il nous faut un traversier public pour nous relier au Canada.

Ron Beckwith, résident de Campobello, réclame un service public de traversier quatre saisons.
Photo : Radio-Canada / Allyson McCormack
Le traversier actuel relève d’une entreprise privée et il fonctionne de juin à septembre. La traversée dans chaque sens coûte 25 $ pour une personne seule au volant.
Ron Beckwith affirme que les résidents ont le droit d’être reliés à leur pays sans la permission de Donald Trump ni de tout autre président américain.
Des relations tendues
Valerie Mabey ajoute que les tensions à l’heure actuelle compliquent particulièrement la vie des résidents.
Je ne me soucie pas du président américain, mais j’aime la population américaine. La moitié de ma famille vit aux États-Unis. […] Nous vivons sur une frontière. Les familles sont divisées
, affirme Valerie Mabey.

Le pont international Franklin Delano Roosevelt relie Lubec, au Maine, à l’île de Campobello, au Nouveau-Brunswick.
Photo : Radio-Canada / Allyson McCormack
Elle dit craindre que les Américains et les Canadiens finissent par se détester mutuellement.
Ce serait très dommage. Nous avons toujours eu des relations amicales dans les communautés frontalières. Je ne comprends pas où il [Donald Trump] veut en venir.
D’après un reportage d’Allyson McCormack, de CBC
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