Bachaga Boualam : itinéraire et engagements d’un dignitaire harki

René Jentet se rend en Camargue, au Mas Thibert et au Mas Fondu, pour rencontrer Saïd Boualam, dit le Bachaga Boualam. Ancien député, ancien vice-président de l’Assemblée nationale, il livre un témoignage personnel sur son engagement et celui des Harkis. Une archive qui éclaire un pan de l’histoire franco-algérienne.

Cet enregistrement constitue la première partie d’un documentaire en trois volets préparé à partir d’une conversation qui s’est déroulée deux ans auparavant, en 1970, au même endroit. Le Bachaga décrit notamment la cité du Mazet, au Mas Thibert, où vivent des Harkis arrivés en 1962. Dans ce paysage de rizières, une cinquantaine de baraquements abritent plusieurs centaines de personnes, les hommes sont employés comme ouvriers agricoles ou maçons.

L’histoire du Bachaga Boualam

Évoquant son parcours, le Bachaga revient sur ses origines familiales, ses 22 années de service dans l’armée française et les différentes responsabilités qui lui ont été confiées : caïd d’une petite commune puis d’une plus grande de 15 000 habitants, avant d’obtenir le titre de bachaga, équivalent du grade de général de division dans l’armée française.

L’attachement à la France

Dès le début de l’entretien, il exprime son profond attachement à la France, un sentiment qu’il partage avec sa tribu, les Beni Boudouane. Il insiste sur le rôle déterminant de son éducation et de sa carrière militaire dans son engagement pour l’Algérie française.

Le fonctionnement d’une « harka »

Il explique également la signification historique de la « harka », une corvée due au sultan à l’époque ottomane, avant de devenir, sous l’administration française, le terme désignant les supplétifs engagés aux côtés de l’armée française.

La guerre d’Algérie

Le Bachaga revient ensuite sur les premiers temps de la guerre d’indépendance algérienne. Sa tribu, dit-il, a choisi de rester fidèle à la France, guidée par une tradition de loyauté et la confiance qu’elle lui accordait. Il évoque aussi certaines des décisions qu’il a prises, comme l’arrestation de l’aspirant Henri Maillot et de l’instituteur Maurice Laban, tous deux communistes, exécutés par l’armée française.

Il reconnaît que le mécontentement d’une partie des Algériens après la Seconde Guerre mondiale a nourri l’essor du FLN : inégalités dans les droits politiques, accès limité aux postes de direction et écarts de salaires ont favorisé les revendications. Saïd Boualam rappelle que les Algériens ne pouvaient pas accéder à des fonctions d’autorité. Dans l’armée, le plus haut grade accessible aux musulmans était celui de capitaine.

Face à la montée des violences, il organise la défense de sa tribu, recevant des armes pour l’autodéfense, avant d’organiser un « goum » sous commandement français. Il envoie alors 300 à 400 hommes combattre dans le Constantinois et en Oranie.

Le départ des Harkis après les accords d’Evian

Au fil de l’échange, René Jentet l’interroge sur le moment où il a pris conscience que la guerre était perdue et que le départ devenait inévitable. Sur les 15 000 membres de sa tribu, seuls 1 200 peuvent le suivre en France ; une partie de ceux restés en Algérie subit des représailles. Il aurait aimé pouvoir rapatrier davantage de personnes de sa tribu. Le gouvernement français n’a pas fait le nécessaire pour rapatrier l’ensemble des Harkis.

Bachaga Boualam cite un passage de son dernier discours à l’Assemblée nationale, dans lequel il demandait la protection des populations restées fidèles à l’Algérie française.

  • Production : René Jentet
  • Réalisation : Yann Paranthoën
  • Avec Saïd Boualam, dit le Bachaga Boualam (militaire et homme politique)
  • Le Mas Thibert : Bachaga Boualam 1/3 (1ère diffusion : 16/08/1972)
  • Edition web : Caroline Chaussé-Domergue, Documentation de Radio France
  • Archive Ina-Radio France


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