L’Institut National pour la Défense des Droits Économiques, Sociaux et Culturels estime que les élections prévues en décembre pourraient aggraver la crise si les personnes déplacées, les victimes de l’insécurité et les électeurs les plus vulnérables ne bénéficient pas de garanties suffisantes.
L’Institut National pour la Défense des Droits Économiques, Sociaux et Culturels (INDDESC) met en garde contre les risques d’un processus électoral organisé dans un contexte encore marqué par l’insécurité, les déplacements massifs de population et une forte vulnérabilité sociale.
Dans un communiqué publié vendredi, l’organisation estime que les prochaines élections ne peuvent pas être réduites à une simple échéance administrative. Selon elle, le scrutin constitue avant tout un test de sécurité, d’inclusion démocratique et de légitimité institutionnelle.
L’INDDESC affirme qu’environ 1,47 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays en raison de l’insécurité armée. L’organisation évoque également 5,83 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë classée au niveau de « crise majeure ».
Pour l’institut, cette situation pourrait affecter directement la participation électorale, notamment pour les citoyens ayant perdu leurs documents d’identité, ceux qui ne peuvent plus accéder à leur domicile ou ceux qui ont été déplacés loin de leur circonscription d’origine.
Le Conseil électoral provisoire (CEP) a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de l’élection présidentielle et des législatives. Ce calendrier reste toutefois conditionné à un climat sécuritaire jugé acceptable ainsi qu’à la disponibilité des ressources financières nécessaires.
L’INDDESC estime que ces conditions ne sont pas encore pleinement réunies.
L’organisation soulève également plusieurs préoccupations liées au cadre électoral, notamment l’identification des électeurs, l’accès aux centres d’inscription et de vote, la sécurité des bureaux, le financement du processus et la capacité de l’État à prévenir l’utilisation de ressources criminelles dans la compétition politique.
Selon l’institut, l’absence de mécanismes spécifiques pour les personnes déplacées et les victimes de l’insécurité pourrait créer une « citoyenneté électorale à deux vitesses », opposant ceux qui peuvent participer normalement au scrutin à ceux qui en seraient empêchés par la violence, le déplacement forcé, la perte de documents ou la précarité.
L’INDDESC utilise également l’expression de « massacre électoral » pour désigner un scénario dans lequel le scrutin pourrait être marqué à la fois par des violences physiques contre les électeurs, les candidats ou les agents électoraux, mais aussi par des exclusions massives, des intimidations, des fraudes ou une contestation généralisée des résultats.
L’organisation rappelle que la protection des personnes déplacées et des victimes de l’insécurité relève, selon elle, d’une obligation juridique et ne devrait pas être sacrifiée au seul respect du calendrier électoral.
Elle invoque notamment les garanties prévues par la Constitution haïtienne de 1987 et la Convention américaine relative aux droits de l’homme.
Parmi ses recommandations, l’INDDESC demande la mise en place d’un mécanisme exceptionnel pour la récupération ou le renouvellement des documents d’identité, ainsi que des modalités d’inscription et de vote adaptées aux personnes déplacées.
L’organisation réclame également une cartographie publique des zones à risque, un dispositif indépendant de sécurisation électorale, un contrôle plus strict du financement politique, des protocoles de prévention des violences et un mécanisme national de suivi des violations avant, pendant et après le scrutin.
L’INDDESC affirme enfin que l’organisation d’élections demeure une nécessité démocratique, mais estime qu’un vote organisé dans la peur, l’exclusion ou l’insécurité pourrait provoquer une nouvelle crise postélectorale et fragiliser davantage la légitimité des institutions.
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