à 28 ans, une Montoise crée un orphelinat au Bénin

Mélissa Ducau n’est pas du genre à tergiverser. Cette Montoise de 28 ans fonctionne aux coups de cœur et aux évidences. Sa façon de marcher tout droit l’a amenée à concrétiser un projet qui l’animait depuis plusieurs années : ouvrir un orphelinat en Afrique. C’est chose faite depuis le 19 janvier 2025, jour de l’inauguration de l’établissement à Cotonou, capitaine économique du Bénin.

Alors que la France se confine une deuxième fois, en octobre 2020, Mélissa Ducau, fascinée par l’Afrique depuis toute petite, parvient à s’envoler pour le Bénin, avec, déjà, la volonté d’aider sur place. « J’avais emporté une valise remplie de fournitures scolaires, de produits de soins, mais sans savoir à qui, comment, ni où les donner. C’était un peu un fourre-tout, cette valise. »

Une équipe

Sa rencontre avec Tatiana, à l’aéroport, le jour de son arrivée, agit comme des petits cailloux blancs sur son chemin. « J’étais toute seule ! Il y avait 150 taxis qui m’interpellaient. Une jeune femme m’a vue un peu en panique et je suis restée avec elle. Tatiana, c’est la rencontre de ma vie. Elle vivait en très grande précarité. Je ne croyais pas aux âmes sœurs, mais on a les mêmes valeurs, on finit les phrases l’une de l’autre, on se comprend, alors qu’on a grandi dans deux familles opposées, dans deux pays à l’autre bout du monde. Tout nous opposait, et pourtant on avait l’impression qu’on se retrouvait. »

Désormais, les deux jeunes femmes font équipe et cause commune. « Avant de partir, j’avais ouvert une cagnotte en ligne qui avait atteint 650 euros, avec juste les dons des amis et la famille. Avec cet argent, on a pu devenir partenaires d’un orphelinat existant, qui accueillait 47 enfants auxquels on s’est beaucoup attachées. Mais on était en désaccord avec les façons de faire des personnes qui géraient le centre. Je me suis dit que j’allais moi-même en ouvrir un, pour les enfants et pour mettre Tatiana à l’abri. Ça a été une évidence. »

Reste à trouver un local pour accueillir la structure. Une trentaine de visites infructueuses s’enchaînent avant que, de nouveau, l’évidence apparaisse. « Quand je suis rentrée dans la maison qui est maintenant le centre d’accueil, j’ai su que c’était là. Elle réunit tous les critères dont j’avais rêvés : quatre grandes chambres, un grand salon, et j’ai pu négocier le loyer à 150 euros par mois. Le propriétaire est un médecin, une pépite d’humain. Il est déjà dans l’associatif et aide comme il peut avec le temps qu’il a. Lui et sa sœur sont incroyables. Ils parrainent notre centre qu’on a appelé Chez Tati, clin d’œil à Tatiana et au fait que je suis moi-même tatie, le meilleur rôle de ma vie. »


Le centre d’accueil est situé à cinq minutes de la plage, à Cotonou.

M. D.

La solidarité se structure via l’association We Are the children, que Mélissa crée en 2022 avec l’aide de son beau-frère, expert-comptable, et de l’une de ses meilleures amies, banquière. Les dons pour financer le centre de Cotonou affluent désormais sur la cagnotte en ligne Hello Asso. « Il faut savoir qu’en donnant 2 euros par mois, on paie l’école pour un an à un enfant, glisse Mélissa Ducau. Il n’y a pas de petite somme. »

Uniquement pour les femmes

Aujourd’hui, le centre Chez Tati prend en charge six enfants, âgés de 5 à 12 ans, mais la capacité d’accueil n’est pas figée. « Il n’y a pas d’agrément là-bas, mais je ne veux pas entasser les enfants. On espère ensuite pouvoir accueillir les bébés, on attend d’avoir les fonds nécessaires. On reçoit aussi des mamans isolées avec leur enfant. Le centre est réservé aux femmes et aux filles, on accueille les garçons jusqu’à 14 ans uniquement. Je voulais un endroit où elles soient en sécurité, où elles se sentent bien. »

« Tout le monde me dit que je suis courageuse, mais le courage, c’est affronter ses peurs. Moi, j’aime tellement ce que je fais ! »

La structure fonctionne avec trois salariées : Tatiana, qui codirige le centre avec Mélissa Ducau, une cuisinière et une nounou. « Pour l’instant, on fait avec les moyens du bord, on vient juste d’ouvrir. Les dons servent à payer le loyer, la nourriture, l’école, les salariées. Mais le but est de recruter une animatrice pour proposer des ateliers, créer des groupes de parole. J’aimerais pouvoir organiser un petit événement par mois. »

Mille idées fourmillent en même temps dans la tête de la jeune femme, comme un projet de savonnerie pour gagner un peu d’argent. « Tout le monde me dit que je suis courageuse, mais le courage, c’est affronter ses peurs. Moi, j’aime tellement ce que je fais ! », conclut-elle en souriant.

Entre Mélissa Ducau et Tatiana, une solide amitié s’est nouée.


Entre Mélissa Ducau et Tatiana, une solide amitié s’est nouée.

M. D.

Même depuis le Moun

Malgré l’attachement qu’elle a pour le Bénin, Mélissa Ducau n’envisage pas de s’y installer. « J’y ai réfléchi, mais j’ai mon équilibre ici avec ma famille et mes amis, je suis très épanouie dans cette vie. Même si je ne pourrais pas rester les douze mois de l’année à Mont-de-Marsan. L’idéal serait de faire trois mois ici, trois mois là-bas, et ainsi de suite. Mais pour l’instant, financièrement, je ne peux pas me permettre de faire des allers-retours », explique la jeune femme qui a toujours enchaîné les petits boulots pour vivre ses rêves, après des études de communication.

Mais même depuis Mont-de-Marsan, Mélissa Ducau travaille pour le centre en prenant notamment son bâton de pèlerin pour démarcher des entreprises. « Je fais gagner des bons cadeaux sur le compte Instagram. Ça booste les vues et les gens font des dons », explique-t-elle. Des petits ruisseaux qui contribueront à faire couler de longs jours heureux au centre Chez Tati.


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