Une vingtaine de comédiens, des chants et une course à la liberté à travers la forêt guyanaise. Mercredi 10 juin, Saint-Laurent-du-Maroni accueille « Yé Ké Sasé Savé », le spectacle musical signé KEL, en point d’orgue de la soirée organisée par la Ville pour commémorer l’abolition de l’esclavage.
Le 10 juin, jour férié en Guyane, marque l’abolition de l’esclavage de 1848. La commémoration s’inscrit cette année dans les 25 ans de la loi Taubira et porte le thème « Le Temps des Mémoires ». Au Camp de la Transportation, la municipalité a concentré son programme sur cette soirée.
D’abord la retraite aux flambeaux
Tout commence à 18h30 par la traditionnelle retraite aux flambeaux. Organisée par la mairie et menée par le groupe carnavalesque Renaissance, elle s’élance de la Place des Libertés, dite place des Trois Tambours, pour rejoindre les abords du fleuve avant d’entrer dans le camp. Les flambeaux seront symboliques. De 19h à 21h, le plateau artistique réunit ensuite les communautés de Guyane : ouverture amérindienne, puis musiques haïtienne, créole guyanaise et plusieurs expressions bushinengue, l’awasa, l’aléké et le kawina.
Cette diversité est assumée par Louise Lalanne, directrice de la culture, du patrimoine et de la création artistique, qui a coordonné la programmation. « On a voulu que toutes les communautés, toutes les ethnies de Guyane soient représentées », explique-t-elle.
Un spectacle musical né du marronnage
Le rendez-vous le plus attendu, lui, arrive à 21h. « Yé Ké Sasé Savé », abrégé en YKSS, est un spectacle musical d’1h30 inspiré du marronnage. Karine Léo, son auteure, insiste sur le terme : ni comédie musicale ni pièce historique, mais une fiction qui mêle trois arts vivants, le théâtre, le chant et la danse. Le récit suit une poignée de captifs africains qui fuient l’esclavage à travers la forêt, ses bois et ses pripris, jusqu’à l’installation des premiers créoles sur le territoire. Il met en lumière le marronnage et la solidarité née entre les Amérindiens et ces fugitifs.
Porté par des compositions originales de Karine Léo et des chants traditionnels du patrimoine guyanais, le spectacle promet de faire passer le public du rire aux larmes.
Une troupe d’amateurs et un retour aux sources
La troupe, créée en 2024 pour ce projet, réunit une vingtaine de comédiens, en majorité amateurs, entourés de musiciens et de choristes. Elle est portée par l’association Help by KEL, fondée en 2023, que préside Karine Léo. Présenté une première fois en octobre 2024 dans le cadre de la Journée du créole, dans une version plus courte, il a depuis été étoffé : nouveaux tableaux, nouveaux personnages, nouvelles compositions.
Pour son auteure, connue sous le nom de plume KEL, jouer à Saint-Laurent-du-Maroni n’a rien d’anodin. Enfant de la ville, elle y a grandi et y a forgé sa fibre artistique. « C’est chez moi, je ne voulais pas que ce soit ailleurs que chez moi en premier », confie-t-elle.
Un format resserré cette année
Habituellement étalée sur tout un mois, la commémoration municipale est cette année resserrée, la soirée du 10 juin en concentrant l’essentiel. La Ville l’explique par le calendrier, marqué par les élections de mars et une installation de la nouvelle équipe prolongée jusqu’en avril.
Un devoir de mémoire à transmettre
La soirée doit se prolonger jusqu’à 22h30. Pour Louise Lalanne, l’enjeu dépasse le programme. « Le message qu’on a envie de leur envoyer, c’est ne pas oublier, commémorer pour mieux vivre ensemble », souligne-t-elle. Continuer à commémorer relève à ses yeux de l’évidence. « C’est l’histoire de la Guyane, c’est notre histoire, on ne peut pas passer à côté, c’est impensable », affirme la directrice de la culture.
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