Au Gabon, la base militaire de l’armée française se mue en « camp partagé » de formation

Un escadron de marines gabonais interrompt sa déambulation au pas cadencé pour saluer un colonel français : à Libreville, l’une des dernières bases militaires française en Afrique est devenue un « camp partagé » axé sur la formation.

Sur un mur blanc situé à l’entrée du camp De Gaulle, l’inscription « Académie militaire » a remplacé celle du 6bataillon d’infanterie de marine (6BIMa), l’unité de l’armée de terre française installée depuis 1975 au Gabon.

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Il y a encore dix ans, près de 1 200 éléments français étaient installés, parfois avec leurs familles, dans ce pays d’Afrique centrale. Contre 200 en 2025, essentiellement consacrés à la formation des forces de défense gabonaises.

La refonte de la présence militaire française au Gabon s’inscrit dans un mouvement plus général en Afrique, où l’armée française s’est retirée ou a cédé des bases aux forces locales, souvent sous la pression de gouvernements soucieux de prendre leurs distances avec l’ancienne puissance coloniale.

Un « choix politique »

A Libreville, deux institutions sous commandement militaire gabonais ont été intégrées à la base militaire, au sein desquelles le rôle des Français sera réduit. L’Ecole d’administration des forces de défense de Libreville (EAFDL), inaugurée en juillet 2024, et bientôt l’Académie de protection de l’environnement et des ressources naturelles (Apern), qui formera les futurs cadres de la lutte contre le braconnage et l’orpaillage illégal.

La mue de la base en « camp partagé » est un « choix politique », fruit de « discussions avec les autorités gabonaises », explique le colonel Bertrand Jacqmin, chef de corps du 6BIMa. « Il n’y aura plus de blindés, de chars français ici à Libreville, mais il y aura des instructeurs. C’est le meilleur équilibre que nous avons trouvé ensemble », a déclaré le président gabonais, Brice Oligui Nguema, dans un entretien à Radio France international (RFI), mardi 25 mars, affirmant sa volonté de faire du camp un « pôle de formation sous-régional ».

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Sur un terrain d’entraînement, le sergent Honoarii, venu de Carcassonne, dans le sud de la France, dirige une séance de perfectionnement au tir de mortier pour un régiment de parachutistes gabonais. De l’autre côté du camp, le chef Tony, habitué des opérations extérieures de l’armée française, est venu pendant quatre mois pour animer un module d’entraînement au combat urbain.

« Les Gabonais font beaucoup de conflits en jungle mais, avec la conjoncture actuelle du monde, les combats urbains peuvent arriver à tout moment dans le pays », fait-il valoir espérant apporter « une autonomie totale » aux stagiaires du module.

« Un avantage pour le Gabon »

« Tout le panel de savoir-faire des armées françaises peut être déplacé ici », assure le colonel Jacqmin, qui estime le programme adapté aux « enjeux sécuritaires, démographiques et migratoires africains ». « Ce partenariat avec la France qui participe à la formation diversifiée de nos forces armées est un avantage pour le Gabon », estime le colonel Eric Ivala, commandant de l’EAFDL.

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Cette dernière succède à l’école de Koulikoro, au Mali – fermée au moment du départ des troupes françaises du pays –, et forme actuellement des militaires de treize pays africains, dont une majorité de Gabonais, à devenir des cadres de leurs armées.

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La France a essuyé ces dernières années plusieurs revers diplomatiques en Afrique, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, où des coups d’Etat ont porté au pouvoir de nouvelles autorités qui ont remis en cause les liens politiques et militaires avec Paris.

L’armée française a dû quitter le Tchad en quelques semaines au mois de novembre 2024. La base de l’armée française en Côte d’Ivoire a été rétrocédée à la mi-février et le Sénégal négocie lui aussi le départ des troupes françaises d’ici à la fin de 2025. Le camp De Gaulle pourrait être à terme l’une des deux seules bases permanentes de l’armée française en Afrique avec celle de Djibouti.

« Rester le plus longtemps possible »

Le partenariat de défense qui encadre la présence de la France au Gabon a été renouvelé pour une période de deux ans par le général Oligui, après sa prise de pouvoir par un putsch, en août 2023, et devra être de nouveau approuvé à l’issue de la période de transition qui s’achève après la présidentielle d’avril.

« Nous souhaitons rester le plus longtemps possible », car « la coopération profite aux deux partenaires », assure le commissaire lieutenant-colonel français Kamel, qui codirige l’école d’administration de la base militaire.

Mais « l’avenir du camp De Gaulle » est « avant tout une décision gabonaise », concède le colonel français Bertrand Jacqmin. « Nous ne sommes pas dans la rupture », a assuré mardi le président Oligui. « Les Français sont les bienvenus ici. Les Russes, peut-être demain s’ils veulent venir, seront peut-être aussi les bienvenus », a-t-il ajouté. Une chose est certaine, a-t-il souligné : « Nous allons trouver un nom gabonais pour rebaptiser le camp De Gaulle. »

Le Monde avec AFP

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