Au Gabon, les délestages fragilisent les autorités de transition à l’approche de l’élection présidentielle

Au Gabon, les coupures d’électricité se multiplient et impactent de nombreux habitants. A moins de deux mois de la présidentielle devant mettre un terme à la transition, prévue le 12 avril, ces délestages à répétition sont devenus un enjeu politique pour le général Brice Oligui Nguema qui, après avoir renversé Ali Bongo Ondimba et pris la tête du pays en août 2023, entend se faire élire à la magistrature suprême lors du scrutin à venir – même s’il n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature.

Pour tenter de décrisper la situation, les autorités de transition tentent de trouver des parades. Le 15 février, elles ont signé un protocole avec la société turque Karpowership pour la fourniture de 70 mégawatts d’électricité par mois, en échange de 1,8 milliard de francs CFA (2,74 millions d’euros), grâce à deux centrales électriques flottantes devant approvisionner la capitale Libreville et ses alentours.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema se taille une Constitution sur mesure

Le 22 février, le général Nguema s’est, lui, rendu dans la ville d’Ebebiyin, en Guinée équatoriale, aux côtés de son homologue équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema, pour sceller un projet d’importation de 10 mégawatts d’électricité vers le Gabon. Objectif : pallier le déficit énergétique qui frappe les villes situées au nord du pays.

A Libreville, le gouvernement organise depuis plusieurs mois un système de délestage rotatif pour « éviter un effondrement total du réseau électrique », précisait dans une note diffusée en septembre 2024 la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Pendant plusieurs heures, la fourniture en électricité est coupée dans plusieurs quartiers de la capitale.

« Des dégâts à tous les niveaux »

« Les délestages sont annoncés à l’avance, pour que les habitants puissent anticiper. Ils ne doivent en théorie durer que quatre heures, mais il se prolonge souvent toute la nuit », déplore un journaliste gabonais, qui a souhaité garder l’anonymat. Selon l’institut Afrobaromètre, en 2024, seuls six Gabonais sur dix ont bénéficié d’un approvisionnement fiable en électricité, tandis que 23 % de la population se disait satisfaite des efforts déployés par le gouvernement pour fournir de l’électricité de manière fiable.

Bousculant la vie des Gabonais, les délestages constituent « des dégâts à tous les niveaux », affirme Marione Cobretty Obiang, travailleur social librevillois. « Tout le monde s’en plaint. Les activités commerciales tournent au ralenti, les supérettes n’arrivent plus à conserver leurs produits », poursuit-il, précisant que « les délestages ne sont pas nouveaux, qu’il y en avait aussi sous la dynastie Bongo, mais que leur niveau de fréquence n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui ». Selon les chiffres de la Banque mondiale, le manque d’électricité comptait parmi les principaux obstacles aux activités commerciales au Gabon en 2024.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema, tombeur et héritier du système Bongo

Ces dernières semaines, la SEEG concentre les critiques, tant de la société civile que des autorités. Cette société publique, plombée par des dettes et des infrastructures vieillissantes, mais aussi affaiblie par deux scandales liés à un trafic de faux compteurs et des détournements de fonds, en août 2024, a depuis été placée sous administration provisoire de l’Etat.

Le parc de la SEEG est « vétuste et certaines pièces de rechange sont totalement obsolètes. L’âge moyen des groupes thermiques est de 30 ans, celui des groupes hydroélectriques de 50 ans », a détaillé son nouveau patron, Steve Saurel Legnongo, dans le quotidien gabonais L’Union, le 20 février.

« Jeter le discrédit » sur la transition

En pleine campagne électorale, ces délestages, qui perturbent le quotidien des Gabonais et suscitent leur colère croissante, sont devenus un sujet sensible. Le 2 février, l’influenceur Fanuel Ikapi Mamboundou, alias Novelas Overmax, a été interpellé et écroué pour avoir filmé une panne d’électricité aux urgences de l’hôpital général de Libreville.

Restez informés

Suivez-nous sur WhatsApp

Recevez l’essentiel de l’actualité africaine sur WhatsApp avec la chaîne du « Monde Afrique »

Rejoindre

Après plusieurs jours de détention dans la prison centrale de la capitale, il a finalement été remis en liberté provisoire. Le 8 février, une manifestation contre les défaillances de la SEEG a été interdite, sans que les autorités n’en donnent le motif. Contactée par Le Monde, la porte-parole du gouvernement n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Coup d’Etat au Gabon : la dynastie Bongo, une histoire française

« Quand on veut revendiquer nos droits les plus élémentaires, le pouvoir nous l’interdit. Les marches en soutien aux autorités sont par contre autorisées », dénonce Marione Cobretty Obiang. Le 11 février, un « sabotage » contre la centrale thermique d’Alénakiri, au sud de la capitale, visant à « jeter le discrédit » sur la transition, selon les autorités, a encore fait monter la tension d’un cran.

Le colonel Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, proche du général Nguema et porte-parole du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), avait alors dénoncé un « acte criminel » qui a « provoqué d’importantes coupures d’électricité ».

Réutiliser ce contenu

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.