Candide Azannaï, un intouchable de la République ? – La Nouvelle Tribune

Le 27 mars 2017, Candide Azannaï annonçait officiellement sa démission du gouvernement de Patrice Talon via un message publié sur Facebook. Il devenait ainsi le premier cadre du régime à claquer la porte, ce qui marquait le début d’une période de tensions entre l’ex-ministre de la Défense et son ancien allié politique. Huit ans après cette rupture fracassante, il demeure une figure politique atypique, insaisissable, dont les prises de position tranchées alimentent le débat public.

Contrairement aux autres figures de l’opposition béninoise, Candide Azannaï refuse toute affiliation stricte. Il critique aussi bien les partis soutenant le pouvoir que ceux qui s’en réclament adversaires et dénonce le système politique qu’il juge vicié. Ses sorties médiatiques, souvent empreintes de rhétorique philosophique, ne laissent personne indifférent. Son style incisif et sa liberté de ton contrastent avec la prudence affichée par d’autres figures politiques du pays.

Son opposition aux régimes en place ne date pas d’hier. En 2016, il était un acteur clé de l’accession de Patrice Talon au pouvoir, alors opposé au régime en place, avant de prendre ses distances moins de deux ans plus tard. Depuis, il s’est imposé comme l’un des critiques les plus virulents de la gouvernance actuelle, n’hésitant pas à qualifier le président de « dictateur » et à rejeter en bloc de nombreuses réformes entreprises sous l’ère de la Rupture.

Un discours tranchant contre le pouvoir

Candide Azannaï ne se contente pas de critiquer la gestion du pays ; il s’attaque aussi directement aux figures du régime. Son franc-parler s’illustre notamment lorsqu’il commente des événements politiques marquants. Lors de l’annonce du limogeage de Samou Adambi du gouvernement, il a mis en garde les membres des partis politiques alliés du pouvoir et a averti que leur tour viendrait. « Ce qui est arrivé à Homéky et à Boko arrivera à tous ceux qui soutiennent ce système de compromission », avait-il lancé dans une de ses récentes déclarations.

Son analyse du dernier discours sur l’état de la Nation prononcé par le Président Patrice Talon illustre également son positionnement radical. Il a qualifié l’allocution présidentielle de « rhétorique en trompe-l’œil » et exprimé son désintérêt croissant pour les interventions du chef de l’État, qu’il juge dénuées de portée nationale. « Je n’aime plus écouter les discours de Patrice Talon car ils ne m’inspirent plus aucun crédit ni moral ni d’intérêt national », a-t-il martelé.

Un acteur politique sans crainte apparente

La liberté de ton de Candide Azannaï suscite des interrogations dans l’opinion, alors que l’espace politique est caractérisé par une certaine réticence à critiquer ouvertement le pouvoir. Il est l’un des rares, sinon le seul, à multiplier des attaques frontales contre le régime sans paraître inquiété. Pour certains observateurs, son expérience et sa posture de figure indépendante lui confèrent une forme de protection implicite. D’autres s’interrogent sur l’éventuelle existence d’une stratégie plus profonde, qui expliquerait cette audace politique sans répercussions apparentes.

L’ancien ministre ne se contente pas d’attaquer verbalement le régime. Il rejette catégoriquement la légitimité de Patrice Talon et conteste la pertinence des réformes mises en avant par le pouvoir. À ses yeux, le Bénin ne va pas mieux et les discours vantant les progrès du pays ne sont que de la poudre aux yeux.

Si Candide Azannaï continue d’être une figure incontournable du paysage politique béninois, la question de son avenir demeure. Son rejet des forces en présence et son absence d’alliance claire pourraient limiter son influence à l’approche des prochaines échéances électorales. Toutefois, son discours radical et son positionnement atypique lui assurent une place à part dans le débat national. On pourrait tout de même se poser la question de savoir si le président du parti Restaurer l’Espoir serait intouchable dans la République. (Rejoignez la famille des abonnés de la chaîne WhatsApp du journal La Nouvelle Tribune en cliquant sur le lien https://whatsapp.com/channel/0029VaCgIOFL2ATyQ6GSS91x)

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