La Biélorussie vient de poser ses premiers jalons au Sénégal avec une ambition qui ne se dissimule pas : faire du pays de la Teranga sa plateforme logistique pour conquérir le marché laitier ouest-africain.
Il faut savoir qu’une première cargaison de 125 tonnes de lait en poudre a déjà franchi les milliers de kilomètres séparant Minsk de Dakar, comme l’a annoncé la Bourse universelle des matières premières de Biélorussie (BUCE) le 26 mars 2025.
Cette offensive commerciale ne relève pas du hasard, mais d’une analyse minutieuse des potentialités d’un marché en pleine expansion.
« Le Sénégal présente un intérêt particulier pour les producteurs laitiers biélorusses.
D’une part, le pays est un grand consommateur de lait en poudre et dépend des importations pour répondre à la demande locale.
D’autre part, son marché peut servir de plateforme de transit pour les livraisons vers d’autres pays d’Afrique de l’Ouest », précise la BUCE dans un communiqué qui dévoile sans détours ses ambitions régionales.
Le calcul biélorusse s’appuie sur une réalité économique implacable : l’Afrique de l’Ouest importe environ 60% de ses besoins en produits laitiers, faute d’une production locale suffisante face à une demande galopante.
Le Sénégal illustre parfaitement cette dépendance avec des importations en hausse de 8% atteignant 33 745 tonnes en 2024, pour un coût total de 65,7 milliards de francs CFA (108,4 millions de dollars), selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.
Mais la stratégie biélorusse ne s’arrête pas aux frontières sénégalaises. Minsk lorgne déjà d’autres marchés de la sous-région comme la Guinée, la Mauritanie et le Mali, utilisant le Sénégal comme porte d’entrée vers cet espace économique unifié.
Pour la Biélorussie, l’enjeu est de taille. Le pays d’Europe de l’Est espère gonfler ses recettes d’exportation de produits laitiers, qui ont atteint 800 millions de dollars en 2024. Une bouffée d’oxygène pour une économie sous sanctions occidentales et cherchant à diversifier ses partenaires commerciaux.
L’équation comporte toutefois une inconnue de taille : la concurrence européenne, solidement implantée dans la région où elle fournit environ 70% des importations de produits laitiers. La Biélorussie devra donc jouer des coudes pour se faire une place durable dans ce marché convoité.
Cette percée de la Biélorussie au Sénégal est la preuve d’une tendance plus large : l’intérêt croissant des puissances moyennes pour le marché africain, perçu comme un eldorado commercial encore insuffisamment exploité.
Pour le Sénégal, cette diversification des fournisseurs pourrait constituer un levier de négociation face aux exportateurs traditionnels, mais pose aussi la question du développement de sa propre industrie laitière, seule garante d’une véritable souveraineté alimentaire.
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