Comment perpétuer la mémoire des soldats africains qui ont combattu pour la France ? La question agite la communauté ivoiro-guinéenne de Danané, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire – les familles craignent d’être oubliées à la mort du dernier vétéran de l’armée coloniale. RFI a retrouvé la trace de cet ancien combattant, l’un des derniers témoins des tensions de l’époque entre la France du général de Gaulle, la Côte d’Ivoire d’Houphouet-Boigny et la Guinée de Sékou Touré.
De notre envoyé spécial à Danané,
Appuyé sur sa canne devant une maison modeste, le caporal Lama Niankoï a l’esprit toujours vif. À 94 ans, entouré de proches, le patriarche raconte son parcours militaire. Engagé à 19 ans à Nzerekoré, le soldat originaire de Guinée sert à Madagascar ou encore en Algérie. « À Oran et à Constantine, c’est là que j’ai combattu », se souvient-il. Mais en 1958, le caporal doit choisir son camp – la Guinée de Sékou Touré prend son indépendance de la France avec fracas.
Lama Niankoï sert encore sept ans sous les drapeaux bleus-blancs-rouges, comme l’explique Félix, son fils : « Quand la Guinée a pris sa libération, l’armée s’est retirée, mais mon père devait faire 15 ans pour toucher sa pension. » Un choix et des conséquences – À sa démobilisation en 1965, les Guinéens de l’armée française sont vus comme des traîtres dans leur pays natal.
Parmi eux, 37 vétérans échouent à Danané, en Côte d’Ivoire – autre pays hostile aux yeux du régime de Sékou Touré. Un nom que Lama Niankoï ne veut plus entendre. « Enlevez le nom de Sékou Touré, pas de gros mots avec moi, demande-t-il. On a beaucoup souffert. »
« Au moment où Sekou Touré était au pouvoir, mon papa ne pouvait pas rentrer. Pourquoi ? Parce que ceux qui avaient choisi la France, lui considérait que c’étaient des ennemis », raconte Francine Damey qui préside l’association des enfants des anciens combattants de Danané, dont son père était le chef.
Et ce passé ne passe toujours pas pour Francine, surtout quand elle se rend en Guinée. « Même en Guinée, on nous appelle les “anti-Guinéens”. Même si on dit que nous sommes guinéens, on nous appelle les Ivoiriens… eux-mêmes, ils disent “au moment où on souffrait, où étiez-vous ?” Ce n’est pas facile », regrette-t-il. Aujourd’hui, ces descendants redoutent d’être oubliés par la France, le pays que Lama Niankoï avait choisi de servir.
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