«De la guerre froide à la guerre verte», terres de terreurs – Libération

«Un autre monde est possible», rappelle la voix off et lasse de la cinéaste, slogan des luttes dont elle sait l’incantation dépassée. De la guerre froide à la guerre verte est une invitation au voyage alternatif, aux ténèbres conradiennes, antitouristiques, à travers le temps politique des dictatures. Film lui-même (vu l’ampleur du sujet) d’une durée assez brève : une heure quarante-cinq à arpenter le passé et le présent d’un continent, cette Amérique du Sud des années 70 que des tortionnaires mandatés, aux ordres d’autocrates en uniforme et du gouvernement des Etats-Unis, bras armés des grands colonisateurs terriens de l’agro-industrie, ont mis à feu et à sang sous le nom générique, tragiquement légendaire, d’opération Condor et des escadrons de la mort.

A cheval sur deux pays et une frontière, le Paraguay et le Brésil, et entre deux destins brisés (on ne se remet pas de l’apparition-disparition stupéfiante du baroudeur anarchiste Paul Z. Simons), Anna Recalde Miranda, documentariste italo-paraguayenne, réalise un film passionnant et dépassionné, ni brûlot révolutionnaire ni manuel du bon humanitaire. Le cinéma comme action militante présente et tombeau à la mémoire ignorée des vaincus.

Miranda a multiplié les allers et retours au Paraguay sur les traces de son arrière-grand-père fermier, fondateur du parti socialiste d’un pays que la famille a fui avec la prise de pouvoir par la dictature militaire de Stroessner (1954-1989). Caméra au poing et micro tendu, la j

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