Creation of the Gods of war
Parmi toutes les superproductions sorties, comme de tradition, lors du Nouvel An chinois, c’est Ne Zha 2 qui accapare l’attention médiatique. Et pour cause : le film d’animation est en train de se faire une place dans le top 5 du box-office mondial, jusqu’ici chasse gardée des franchises américaines, et de s’imposer comme le symbole absolu de la croissance exponentielle de l’industrie locale, sous l’impulsion directe du parti. Mais il ne faudrait pas oublier la trilogie Creation of the Gods, au budget estimé à 3 milliards de yuan, soit plus de 415 millions de dollars.
D’autant que la saga adapte plus ou moins le même récit que son concurrent : L’investiture des Dieux, parmi les histoires les plus populaires de la culture chinoise. On peut d’ailleurs y apercevoir Ne Zha en personne, incarné par le jeune Yafan Yu, ou tout du moins par sa doublure numérique. Le personnage aux pouvoirs virevoltants est bien mieux exploité que dans le premier volet, où il faisait office de vulgaire deus ex machina. Une remarque qu’on pourrait par ailleurs faire à propos de chaque aspect du film.
En effet, le premier Creation of the Gods : Kingdom of Storms (sorti au cinéma en juillet 2024 en France) investissait principalement ses moyens colossaux dans ses décors et costumes sublimes, mais décevait énormément sur le plan du grand spectacle.
Passée l’impressionnante scène d’ouverture, il s’agissait avant tout d’une longue exposition : il plaçait les pions pour les batailles à venir sous le prétexte d’une intrigue politique laborieuse. Passée l’impressionnante scène d’ouverture de Creation of the Gods 2 : Demon Force, arrive une autre scène impressionnante, puis une autre… Jusqu’à atteindre les 2h28, triple (!) scène post-générique comprise.
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Gros mythe ultime
Les pions sont effectivement placés, et le cinéaste peut enfin les balancer à travers le plateau, dans une orgie de séquences guerrières réjouissante. Cette suite est indéniablement généreuse : le scénario fait un usage exhaustif du gigantesque bestiaire à sa disposition, sans chercher à rationaliser ou excuser la moindre de ses aptitudes. L’armée de la dynastie Shang, qui avance sur Xiqi, contient des géants aux pouvoirs surpuissants, qui se fritteront à coups de belettes magiques contre des divinités tricéphales dans un joyeux bordel visuel.
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On ne trouve de cette fantasy décomplexée que dans ces blockbusters là, et il faut reconnaître au film sa capacité de divertissement. Dommage donc que le réalisateur Wuershan reste dans les clous de la superproduction surfriquée. Les influences du wu xia pian et les gigantesques set-pieces numériques sont mis en scène avec un remarquable souci d’efficacité, mais jamais il ne s’autorise les envolées esthétiques qu’on peut parfois voir dans le genre.
De leur côté, les scénaristes Wuershan et Jianan Ran se contentent de réadapter la prodigieuse mythologie à leur disposition. Le film de Tsui Hark, Legend of the Condor Heroes: The Great Hero, sorti le même jour, tirait lui des thématiques de son histoire de héros pris entre deux feux, fussent-elles grossières.
Creation of the Gods 2 fait le job, il le fait même très bien, mais prend le risque de disparaitre quasi instantanément des mémoires… du moins jusqu’à la sortie du troisième volet qu’on attend désormais – il faut bien l’avouer – assez impatiemment.
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