Dans l’est de la République Démocratique du Congo, des cadres et agents des services publics de la province du Nord-Kivu ont été mis en congé technique.
Il s’agit des agents qui n’avaient pas pu rejoindre Beni avant le 31 mars 2025.
Beni est le nouveau siège de l’administration provinciale transférée après la prise de la ville de Goma par le M23, fin janvier 2025.
Ces agents ont été d’office mis en congé technique pour « cause de force majeure« , ils seront ainsi privés de certains droits notamment de leur salaire. La décision a été très vite critiquée par les habitants du Nord-Kivu.
Des agents qui n’ont pas les moyens de déménager
Ce congé est une mauvaise nouvelle pour Florence (il s’agit d’un nom d’emprunt car cette fonctionnaire préfère garder l’anonymat).
Florence travaillait depuis 2020 dans un service public de la province à Goma, mais elle n’a pas pu quitter la ville après sa prise par la coalition de l’AFC-M23.
Surprise par la mesure du gouverneur, Florence explique qu’elle n’avait pas assez de moyens financiers pour rejoindre Beni avec ses quatre enfants.
« On avait l’espoir que le pays va être encore réunifié et que tout va rentrer en ordre, mais tout d’un coup, le gouverneur, il nous exclut. Tout simplement parce que nous n’avons pas pu nous rendre à Beni ? Si je partais à Beni, comment est-ce que je vais y vivre ? je n’ai aucun membre de ma famille à Beni », explique-t-elle au micro de la DW.
350 kilomètres entre les deux villes
Comme Florence, de nombreux agents des services publiques au Nord Kivu n’ont pas pu quitter la ville de Goma située à au moins 350 kilomètres de Beni, dans l’est de la RDC.
A l’heure actuelle, il est difficile de savoir combien d’agents de l’État seront concernés par cette mesure. Mais selon les estimations de la société civile, seulement un tiers d’agents serait arrivé à Beni pour continuer leur travail.
Près de deux tiers des employés de l’administration provinciale seront ainsi privés de certains droits suite à leur absence au travail. La mesure de l’autorité provinciale suspend, en effet, les obligations réciproques du travailleur et de l’employeur pendant ce temps de congé.
Une mesure très critiquée
Mais sur place à Beni, cette mesure est loin de faire l’unanimité. Pour Richard Kirimba de la société civile locale, la mesure du gouverneur est injuste.
« Tout le monde qui est à Goma est victime de l’agression rebelle. Alors prendre une mesure d’imposer un congé technique à tous les agents qui sont à Goma et qui n’ont pas réussi à arriver à Beni, je trouve ça comme une punition à une population victime. C’est privé inutilement les gens de leurs droits », affirme-t-il à la DW.
« La bonne décision à prendre serait de reprendre le contrôle de toutes les zones occupées par le M23 ! C’est ça qu’on attend de l’Etat ! Parce que la population n’a pas choisi d’être dans les zones occupées par les rebelles. Ce n’est pas honnête, ce n’est pas humain ! »
Une décision réfléchie selon le gouvernement régional
Il est certain que cette décision va provoquer une dégradation des conditions de vie dans les familles des agents concernés, craint un fonctionnaire de l’état au Nord-Kivu, qui est arrivé à Beni il y a quelques semaines.
Mais Evariste Somo, gouverneur militaire du Nord-Kivu, justifie sa mesure par le besoin de rationaliser la gestion du personnel sous son autorité. Sa mesure tient aussi compte des contraintes budgétaires engendrées par l’occupation d’une grande partie de sa province par les rebelles de la coalition AFC-M23 soutenus par le Rwanda.
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