E-sport au Burkina Faso : « Notre ambition est de créer un club physique pour former des joueurs de haut niveau », affirme Ibrahim Jacob Konfé

Porté par l’essor du numérique et des compétitions internationales, l’e-sport gagne progressivement du terrain au Burkina Faso. Président du Club des jeux électroniques du Burkina (CJEB), Ibrahim Jacob Konfé revient, dans cet entretien accordé à Lefaso.net, sur l’évolution du sport électronique dans le pays, les difficultés liées à sa structuration, les ambitions de son organisation ainsi que les perspectives de développement d’une discipline encore en quête de reconnaissance.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous parler de l’e-sport de façon générale ?

Ibrahim Jacob Konfé : Le terme e-sport est la combinaison des mots « électronique » et « sport ». Il s’agit donc du sport électronique ou du sport digital. Cette discipline met en avant les jeux vidéo, à partir du constat que leur pratique requiert plusieurs aptitudes comparables à celles du sport traditionnel : l’entraînement, la stratégie, la concentration, la collaboration ou encore la discipline. À partir des années 2000, ce mouvement a connu un essor considérable à travers le monde. Très rapidement, des équipes se sont constituées et des compétitions ont vu le jour. Aujourd’hui, plusieurs fédérations internationales sont également créées autour de cette nouvelle discipline.

Comment décririez-vous l’état actuel de l’e-sport burkinabè ? Peut-on dire qu’il a réussi son implantation ?

Au Burkina Faso, l’e-sport a démarré avec beaucoup d’enthousiasme. À partir de 2015, certaines compétitions ont rapidement acquis une dimension internationale. Cependant, après 2020, le secteur a connu un ralentissement, notamment à cause de la désillusion de plusieurs sponsors. Ces partenaires se sont rendu compte que l’e-sport n’était pas aussi rentable que certains festivals ou disciplines sportives classiques. Il y a également eu un déficit d’explications autour de tout l’écosystème qui accompagne cette activité.

Beaucoup pensaient que, puisque cela fonctionnait ailleurs, cela allait automatiquement fonctionner ici. Pourtant, un véritable travail de fond devait être mené, et cela n’a pas été fait comme il le fallait. Je ne pense donc pas que l’implantation de l’e-sport soit réellement réussie à ce jour. Il faut repartir sur de nouvelles bases. Nous travaillons actuellement de manière sérieuse sur cette implantation. La période 2025-2030 sera déterminante et, nous l’espérons, permettra à l’e-sport de connaître un nouvel essor au Burkina Faso.

Quels sont les jeux les plus répandus dans l’e-sport ?

Les jeux les plus populaires sont d’abord les simulations de sports réels, notamment les jeux de football comme FIFA, devenu aujourd’hui FC, ou encore e-football. Ce sont des jeux qui fonctionnent très bien sur le marché. Ensuite, il y a les jeux de combat comme Street Fighter et Mortal Kombat, qui sont également très répandus. Enfin, les jeux de stratégie tels que Call of Duty et PUBG disposent d’une très grande communauté de joueurs.

Comment l’e-sport burkinabè est-il organisé sur le plan national ? Existe-t-il une fédération ?

À l’heure actuelle, il n’existe pas encore de fédération nationale regroupant les différents clubs d’e-sport. Pour notre part, nous avons officiellement créé un club depuis 2023. Avant cela, depuis 2016, nous étions une association spécialisée dans l’organisation de compétitions. À cette époque, nous organisions notamment la Compétition des jeux électroniques de Ouagadougou (CJO), qui rassemblait beaucoup de participants et de passionnés.

Aujourd’hui, nous encourageons surtout les jeunes à créer des clubs plutôt qu’à organiser uniquement des compétitions ponctuelles. C’est ainsi que nous pourrons, à terme, mettre en place des ligues nationales et aboutir plus tard à la création d’une fédération. L’objectif est de travailler à l’implantation durable de l’e-sport au Burkina Faso et de montrer aux autres structures sportives qu’il existe un nouveau type de discipline sportive, déjà bien implanté à l’international, et qui mérite aussi sa place au Burkina Faso.

Pouvez-vous présenter le Club des jeux électroniques du Burkina (CJEB) dont vous êtes le président ?

À la base, nous étions une association engagée dans la promotion de l’e-sport et de la robotique. Entre 2014 et 2015, nous avons commencé nos activités avec l’organisation de la Compétition des jeux électroniques de Ouagadougou (CJO). Plus tard, en 2020, nous avons rencontré plusieurs acteurs africains qui nous ont parlé des fédérations internationales d’e-sport. Cela nous a conduits à revoir notre vision et à créer une structure plus adaptée à nos ambitions.

C’est ainsi qu’en 2023, nous avons créé le Club des jeux électroniques du Burkina (CJEB), une structure chargée de fédérer les athlètes et de promouvoir également les robots sports.bAujourd’hui, nous sommes membres de la Fédération africaine d’e-sports digitaux, basée au Maroc. Nous sommes également membres de l’International Esports Federation (IESF), dont le siège se trouve en Corée du Sud, de la Global Esports Federation, basée à Singapour, ainsi que de la World Esports Federation.

Existe-t-il des scènes compétitives organisées pour les pratiquants d’e-sport sur les plans national et international ?

Sur le plan national, pas encore véritablement. En revanche, à l’international, les compétitions sont nombreuses. En Afrique, plusieurs clubs disposent déjà d’infrastructures adaptées. Je peux citer des exemples en Côte d’Ivoire, au Bénin ou encore au Sénégal, où il existe des centres qui accueillent les athlètes, assurent leur formation et organisent des compétitions. Au cours des cinq prochaines années, nous devons absolument travailler à la mise en place d’un club physique capable d’accueillir les athlètes, de les enregistrer et de les former sérieusement.

Grâce à nos connexions à travers le monde, nous pourrons également développer des programmes de formation très précis et professionnels. L’e-sport étant un sport digital, cela nous permettra aussi d’organiser de nombreuses formations en ligne. Je pense que cela peut évoluer très rapidement afin que le Burkina Faso puisse disposer, à terme, d’athlètes compétitifs sur la scène internationale. Il existe aujourd’hui des compétitions internationales organisées chaque année par les différentes fédérations, sans compter celles initiées par les grandes marques.

Quel bilan faites-vous des pratiquants burkinabè sur la scène internationale ?

Pour le moment, les athlètes burkinabè ne sont pas encore suffisamment représentatifs à l’international. Toutefois, nous avons été finalistes du « Sahel e-sports Championship » en 2022, une compétition regroupant plusieurs pays du Sahel. Le Burkina Faso avait atteint la finale sur le jeu FC FIFA. Mais, de façon générale, nous ne sommes pas encore bien classés à l’échelle africaine et internationale. Pour être compétitif sur les grandes scènes internationales, il faut une préparation physique, une préparation mentale et un entraînement rigoureux. Tous ces éléments contribuent à former un véritable athlète d’e-sport. À ce jour, nous ne disposons pas encore de trophées majeurs.

Quelles sont vos principales ambitions pour le développement de l’e-sport ?

Notre principale ambition est de mettre en place un club physique. Fort de l’expérience acquise au cours des dix dernières années, je suis convaincu que si nous arrivons à créer un centre capable de recruter des athlètes et de les intégrer dans un programme de formation structuré et régulier, cela permettra de sécuriser leur parcours. Cela contribuera également à rassurer le Comité olympique, d’autant plus qu’aujourd’hui les e-sports font partie intégrante du Comité international olympique et que des Jeux olympiques des sports digitaux sont prévus en Arabie saoudite.

Cette structuration permettra aussi de rassurer l’État et le ministère des Sports, qui verront qu’il existe des jeunes sérieux et un club respectant des normes professionnelles. Enfin, une autre ambition importante concerne la notoriété sur les réseaux sociaux. Il faut développer des chaînes Twitch (qui demeure le réseau social de référence pour les gamers) mais aussi des chaînes YouTube, Facebook et TikTok afin de diffuser les parties, les entraînements et de comptabiliser les heures de jeu des athlètes.

Cela constituera en quelque sorte le portfolio du joueur et renforcera sa visibilité. À l’international, les partenaires verront ainsi qu’il existe des clubs sérieux au Burkina Faso avec lesquels ils peuvent collaborer. C’est également de cette manière que nous pourrons placer certains joueurs dans des clubs étrangers. Comme dans le sport traditionnel, les joueurs peuvent être transférés ou recrutés par d’autres structures. Nous pourrons aussi décrocher des contrats de représentation de marques.

Entretien réalisé par Jean Elysée Nikiéma (stagiaire)

Lefaso.net

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