Au cœur du Bassin du Congo, l’une des plus vastes forêts tropicales intactes de la planète, certains territoires restent encore largement méconnus des voyageurs. Dans l’est de la République du Congo (à ne pas confondre avec la RDC), le parc national d’Odzala-Kokoua dévoile une mosaïque d’écosystèmes où se succèdent forêts denses, marécages, savanes et rivières. Créé en 1935, il figure parmi les plus anciens parcs nationaux d’Afrique et abrite une biodiversité exceptionnelle.
Pour explorer ce sanctuaire naturel, nous avons suivi l’itinéraire proposé par Kamba Africa via l’agence Privilèges Voyages, conçu pour de très petits groupes, à travers trois lodges aux ambiances très différentes : Ngaga, Lango et Mboko. Ces trois camps sont les seules concessions touristiques privées autorisées à l’intérieur du parc national. Pensés pour limiter l’impact sur cet environnement exceptionnel, les séjours contribuent également au financement des programmes de recherche et de conservation menés avec les scientifiques et les communautés locales.
Pendant plusieurs jours, nous avons parcouru ces paysages sauvages aux côtés de pisteurs et de guides, à la découverte d’une faune emblématique, des gorilles des plaines aux éléphants de forêt, dans un territoire où le tourisme reste intimement lié aux enjeux de protection de la nature.
Ngaga, dans l’intimité des gorilles des plaines de l’Ouest
C’est au bout d’un chemin de terre, après plusieurs heures de route depuis une petite piste d’atterrissage que Ngaga apparaît au milieu de la forêt. Le lodge ne compte que six agréables bungalows en bois disséminés sous la canopée, suffisamment espacés pour donner l’impression d’être seul au monde. Depuis la terrasse du pavillon principal, les bruits de la forêt remplacent toute autre présence humaine : chants d’oiseaux ou bruissement des feuilles rythment les journées, tandis que les singes traversent parfois la cime des arbres au-dessus des visiteurs. C’est aussi le seul des trois lodges entièrement tourné vers l’observation des gorilles des plaines de l’Ouest.
Ce lodge est né d’une rencontre entre recherche scientifique et conservation. À l’origine du projet se trouve la station de recherche installée à Ngaga par la primatologue Magdalena Bermejo, qui étudie depuis des années les populations de gorilles des plaines de la région. En découvrant ce travail, Sabine Plattner, fondatrice de Kamba Africa, a choisi de soutenir cette recherche et de transformer l’ancien camp scientifique en un lodge permettant aux visiteurs d’approcher ces grands singes, tout en finançant les efforts de conservation, de recherche, et de soutien aux communautés locales.
À Ngaga, l’objectif principal est donc clair : partir à deux reprises sur les traces des gorilles des plaines. Accompagnés par des pisteurs locaux qui connaissent chaque recoin de la forêt, les visiteurs avancent lentement sous les arbres, à la recherche des signes laissés par les animaux. Une branche cassée, des traces au sol ou les restes d’un repas peuvent révéler leur passage.
Ici, la rencontre est rendue possible grâce à un long processus d’habituation, mené sur plusieurs années par les scientifiques et les pisteurs. Les trois familles que les touristes peuvent observer ont appris progressivement à tolérer la présence humaine, sans que celle-ci ne modifie leur comportement naturel. Cette approche permet d’étudier les gorilles tout en limitant au maximum le dérangement.
« C’est probablement l’endroit le plus privilégié pour les gorilles des plaines de l’Ouest », explique Nicolas Lenz, guide naturaliste français de 32 ans. La forêt de marantacées qui entoure Ngaga leur offre un habitat particulièrement favorable. Ces plantes abondantes leur fournissent une grande partie de leur alimentation, avec des feuilles, des fruits et des racines riches en minéraux. Elles offrent également des zones idéales pour construire leurs nids chaque soir. Cette abondance explique en partie la forte concentration de gorilles observée dans cette zone, avec jusqu’à cinq individus au kilomètre carré selon les estimations.
Pour s’approcher d’eux, les pisteurs utilisent une méthode étonnante mise au point par Magdalena Bermejo. Ils utilisent un sécateur pour couper des feuilles lorsqu’ils avancent dans la végétation. Ce signal permet aux gorilles de comprendre qu’une présence approche en paix, et leur évite d’être surpris par un groupe qui surgirait brutalement dans leur environnement. Une alternative douce à l’usage de la machette, qui permet de préserver la tranquillité d’animaux longtemps menacés par la chasse.
Lango, le royaume des baïs et des éléphants de forêt
Changement radical d’ambiance en arrivant à Lango. Ici, la forêt laisse place à une immense mosaïque de paysages : marécages ouverts, forêts inondées, savanes et zones de forêt sèche.
L’arrivée donne déjà le ton. Après une traversée en kayak puis une marche dans la forêt tropicale et les marécages, les six bungalows, spectaculaires, apparaissent sur pilotis au bord du vaste baï (une grande clairière marécageuse et riche en sels minéraux située au cœur de la forêt tropicale d’Afrique centrale) qui fait la réputation du site. Reliés entre eux par des passerelles en bois, ils dominent cette clairière inondée où les animaux viennent quotidiennement se nourrir, offrant une fenêtre exceptionnelle sur la faune sauvage. Depuis le restaurant ou la terrasse du lodge, il n’est ainsi pas rare d’observer des éléphants de forêt, des buffles, des sitatungas ou encore de nombreux oiseaux, parfois à seulement quelques dizaines de mètres des visiteurs.
L’une des expériences les plus marquantes proposées ici est le baï walk : une marche dans l’eau, parfois jusqu’à la taille, au cœur des zones humides. Une activité inhabituelle dans un safari africain classique, où l’observation se fait généralement depuis un véhicule. Ici, les visiteurs avancent à pied dans le marais, accompagnés par les guides, pour comprendre le fonctionnement de cet écosystème unique.
« Le lodge est au cœur d’une mosaïque d’habitats connectés entre eux », raconte Nicolas Lenz. Ces connexions sont notamment assurées par les fameux « boulevards d’éléphants », ces chemins tracés au fil des années par le passage répété des pachydermes. Ces corridors ouvrent la végétation et permettent à d’autres espèces d’accéder à certaines zones.
Les éléphants de forêt sont les grands maîtres des lieux. Le parc national d’Odzala-Kokoua en abriterait entre 10 000 et 12 000. Leur présence façonne littéralement le paysage, eux qui dispersent les graines, modifient la végétation et créent des passages utilisés par d’autres animaux. À commencer par les nombreux buffles de forêt, qui fréquentent les zones ouvertes, tandis que les potamochères roux, sortes de sangliers africains à la robe rousse, jouent un rôle essentiel dans l’écosystème en remuant les sols et en facilitant la décomposition de certaines ressources.
Avec beaucoup de chance, les visiteurs peuvent également apercevoir le bongo, une grande antilope particulièrement adaptée aux milieux marécageux. « C’est une des antilopes les plus colorées du monde, et c’est la plus grande et la plus lourde de toutes les antilopes forestières africaines, mais elle est extrêmement difficile à voir », précise le guide.
Les amateurs d’oiseaux ne sont pas en reste : le parc compterait entre 400 et 500 espèces, dont le célèbre perroquet gris du Gabon, longtemps victime du trafic international en raison de ses capacités étonnantes d’imitation et de communication.
Mboko, entre rivière, forêt et rencontres inattendues
Dernière étape du voyage : Mboko. Installé au carrefour de la savane, de la forêt, et le long d’un affluent de la rivière Lékoli, il offre un cadre unique pour découvrir les différents paysages du parc. Le lodge propose des tentes confortables en bois et toile, avec vue sur la rivière. Depuis le pavillon principal ouvert sur la savane, les visiteurs peuvent là aussi profiter de la proximité de la faune sauvage, des hyènes pouvant notamment être aperçues depuis la terrasse.
Ici, l’eau devient le fil conducteur de l’exploration. C’est en effet depuis Mboko que partent les excursions en kayak et en bateau, une manière silencieuse d’observer les paysages et l’abondante faune sauvage depuis une autre perspective.
La rivière réserve aussi des surprises. Dans certaines zones, des hippopotames forestiers viennent se réfugier dans de petites mares au cœur même de la forêt. « Quand les conditions sont bonnes, on peut aller sur le bord de la rivière et les observer », raconte Nicolas Lenz. Une scène inhabituelle car, contrairement à leurs cousins des grands fleuves africains, ces hippopotames passent une partie importante de leur temps dans un environnement forestier.
À Mboko, certaines observations demandent surtout de la patience. Les chimpanzés fréquentent les environs du lodge, mais les apercevoir est une autre histoire. Bien plus mobiles que les gorilles, ils traversent la forêt à vive allure, évitant la présence humaine. Les guides se fient alors à leurs vocalises pour tenter d’anticiper leur déplacement, sans aucune garantie de les rejoindre avant qu’ils ne disparaissent dans l’épaisseur de la végétation.
La forêt abrite aussi des espèces dont la discrétion est devenue leur meilleure protection. C’est le cas du chat doré africain, un félin si furtif que même les guides ne l’observent que très rarement. « Leur biologie, c’est de ne pas être vus », résume Nicolas Lenz. Les loutres comptent elles aussi parmi les habitants des rivières du parc, mais leurs apparitions restent tout aussi imprévisibles.
À travers Ngaga, Lango et Mboko, Kamba Africa propose finalement trois portes d’entrée vers un même territoire : le Bassin du Congo. Une exploration où l’on comprend que, dans ce coin encore préservé d’Afrique centrale, le voyage consiste moins à chercher une liste d’animaux qu’à apprendre à observer un écosystème tout entier.
Informations pratiques
Safari Gorilles signé Kamba en République du Congo
- 10 jours / 8 nuits
- Les vols Paris / Brazzaville / Paris en classe économique
- Les vols Brazzaville / Mboko / Brazzaville en avion privé
- L’hébergement de 8 nuits : 1 nuit au Hilton Brazzaville, 3 nuits au Ngaga Lodge, 2 nuits au Lango Lodge et 2 nuits au Mboko Lodge
- Les entrées dans les parcs et 2 permis Gorille par personne
- L’ensemble des activités : la croisière au Mboko Camp, le safari en kayak, les randonnées guidées quotidiennes, la rencontre avec les communautés…
- Les repas et les boissons (vins, bières et spiritueux)
- Tous les transferts terrestres entre les aéroports et les lodges
- La visite guidée de Brazzaville, avant de reprendre l’avion
- L’assistance à l’aéroport
Informations et réservation :
Privilèges Voyages
46 avenue Marceau – 75008 Paris
01 47 20 04 76
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