Guerre au Soudan, Mgr Chami exhorte à être plus actif pour la paix

«L’Église est la maison des Soudanais. C’est leur mère qui ne les lâche pas», fait savoir l’évêque titulaire de Tarse, évêque auxiliaire pour Antioche et vicaire patriarcal général grec-melkite catholique pour l’Égypte, le Soudan et le Soudan du Sud. Il déplore la crise soudanaise dans laquelle 880 civils ont été tués par des attaques de drones depuis janvier, selon l’ONU. «Nous sommes en train d’aider beaucoup de familles mensuellement à tenir le coup sur place» affirme-t-il depuis l’Égypte.

Myriam Sandouno – Cité du Vatican

Le Soudan continue de sombrer dans un conflit sanglant sans fin entre l’armée et les paramilitaires des Forces de soutien rapide. Au moins 28 personnes ont été tuées mardi 19 mai dans une frappe de drone sur un marché dans une localité du sud du pays et contrôlée par les paramilitaires. Cette attaque, l’une des plus meurtrières perpétrées contre des civils, a fait également 23 blessés.

Dans cette guerre «oubliée», l’ONU évoque une tragédie humanitaire qui touche aussi les enfants. «Sans action internationale urgente», a averti la semaine dernière l’organisation, la crise entrée dans sa quatrième année, risque de «se transformer en une tragédie encore plus grave». Selon les Nations unies, près de 13 millions de personnes ont été déplacées de force depuis avril 2023, dont 8,6 millions à l’intérieur du pays et plus de 4 millions dans les pays voisins comme l’Égypte, où la communauté chrétienne accueille les réfugiés. Entretien avec Mgr Jean-Marie Chami, évêque titulaire de Tarse, évêque auxiliaire pour Antioche et vicaire patriarcal général grec-melkite catholique pour l’Égypte, le Soudan et le Soudan du Sud. 

Le Soudan est entré dans sa quatrième année de guerre, ce conflit semble être oublié. Mais jusqu’à quand? C’est une question que se posent aujourd’hui beaucoup de Soudanais…

Dès que la guerre au Soudan a commencé, tout le monde faisait un focus direct sur le Soudan. Subitement, il y a eu une guerre en Ukraine. Ensuite, il y a eu Gaza… Les médias pour moi, ne fonctionnent pas correctement. Les grandes puissances ne sont pas en train de se mobiliser car elles considèrent le Soudan comme une seconde classe. Malheureusement, le Soudan, c’est un pays qui est hyper riche en matières premières et en or. Et là, s’ils savaient utiliser ce qu’ils ont, ils auraient fait des merveilles. Ce qui s’est passé, c’est que cet or a été utilisé pour financer l’achat des armes.

Depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023, des millions de Soudanais ont cherché refuge dans des zones plus sûres, notamment en Égypte, et on compte parmi eux des prêtres…

Le nombre de Soudanais qui ont quitté le Soudan est énorme. En Égypte, il y a facilement entre 300 000 et 500 000 qui sont venus en Égypte. Nous avons accueilli les familles soudanaises, nous nous sommes coordonnés aussi avec les autres églises pour pouvoir subvenir aux besoins. Beaucoup ont dû fuir. J’ai remarqué aussi, il y a d’autres prêtres que j’avais rencontrés au Soudan qui sont venus en Égypte. Maintenant, il y a deux semaines, j’ai découvert qu’il y avait des prêtres qui étaient en train de retourner au Soudan. Je ne vous cache pas que moi, j’ai eu le désir d’aller il y a deux semaines.

Comment percevez-vous ce choix de certains prêtres de retourner au Soudan malgré cette guerre qui sévit dans le pays?

C’est un projet martyr et ils doivent savoir qu’ils peuvent, à n’importe quel moment, être tué. Mais en même temps, moi je le dis, c’est un projet de sainteté. Ça vaut la peine de le vivre. Donc, moi, si j’étais simple prêtre, je serais parti. Mais en tant qu’évêque, il y a d’autres considérations à évaluer. Je ne décide pas tout seul, mais celui qui peut y aller, c’est une grâce pour lui. Sûrement le Seigneur va bénir cette mission. Car il y a des gens qui ont faim et soif de Dieu.

Et aujourd’hui, comment la communauté chrétienne en Égypte s’organise-t-elle? Comment elle est investie pour accueillir tous ces réfugiés?

Nous continuons d’apporter notre aide. Le vicariat du Soudan a un bureau au Caire. Nous faisons le suivi et aidons beaucoup de familles mensuellement à tenir le coup sur place. La communauté soudanaise en Australie est grande, elle a été d’un grand soutien pour nous. Nos paroissiens nous ont soutenus également pour qu’on puisse ne pas quémander, afin que les Soudanais vivent dignement et qu’ils sentent que l’église, c’est leur maison. C’est leur mère qui s’occupe d’eux, qui ne les lâche pas. Nous avons fait un suivi au niveau sanitaire. Ceux qui avaient besoin de passeports ont dû retourner au Soudan.

Il y a certains qui n’ont pas pu quitter, n’ayant pas de documents, ils n’arrivent pas à avoir un passeport aussi, car pour rassembler tous les documents, ils doivent voyager d’un côté du Soudan à un autre. C’est très difficile! Mais nous les soutenons dans leurs vécus de tous les jours. C’est un peuple qui a été expulsé de son pays. Personnellement, j’ai accueilli un de nos bienfaiteurs qui était au Soudan. Il est sorti de sa maison et a traversé la rue pour acheter de l’eau. Il n’a jamais pu retourner dans sa maison, et est venu en Égypte en pantoufles en ayant fait quatre jours de route. Il subvenait aux besoins de sa famille en Australie. De son travail au Soudan, il s’est retrouvé avec son argent bloqué. Il était dans un état incroyable….

Parmi nos familles venues du Soudan, nous avions un enfant handicapé qui est mort en chemin, le trajet était très dur. Il faut aussi dire que l’Égypte a expulsé 300 000 Soudanais parce qu’il y a eu des problèmes. À un moment donné, ils les ont renvoyés dans le pays. Aujourd’hui, les Soudanais sont blessés, profondément blessés.

Le Premier ministre de la République du Soudan Kamel al-Tayeb Idris Abdelhafiz a été reçu par le Saint-Père le 11 mai dernier. À la Secrétairerie d’État, la grave crise actuelle a été évoquée. Avez-vous l’espoir que le message de paix, souvent lancé par le Pape Léon XIV, sera entendu un jour par les deux camps qui s’affrontent?

Les deux camps qui s’affrontent doivent réaliser que Celui qui les a créés est le même et qu’ils n’emporteront rien avec eux dans l’au-delà, à part leurs bonnes actions: Quand vous mourrez, vous deviendrez poussière et cette poussière restera sur terre. Qu’emporteriez-vous auprès de votre Créateur? Il faut que l’Église puisse dire les choses autrement que le monde. l’Église doit savoir dire la vérité, être la voix de la vérité. Et notre Pape est cette voix de la vérité.

Les hommes politiques viennent chez lui, car ils ont soif d’écouter cette voix. Ils l’ont en eux, mais ils ont peur. L’Esprit du monde les empêche de faire un pas en avant. L’audience du Pape avec le Premier ministre, voudrait signifier à mon avis, que Léon XIV est en train de dire au monde entier le Soudan existe. C’est une reconnaissance de l’Église pour un pays qui est martyrisé. Et cela, est important. C’est une reconnaissance qui indique qu’il y a un peuple qui souffre et qu’il faut aussi être encore plus actif pour la paix. 

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