Il accompagne les invisibles après leur mort : à Brest, ce collectif en quête de bénévoles pour les tombes

Georges Leroy, Isabelle Poudevigne, Olivier Person et Ghislaine Perramant, tous membres (très) actifs du collectif Dominique, créé en 2019 à Brest, se sont donné rendez-vous dans le cimetière de Kerfautras, dans le centre-ville en ce vendredi après-midi de fin mai 2026.

« Nous avons, ici, 45 tombes et huit concessions à entretenir », détaille Ghislaine Perramant. « Dans le cimetière Saint-Martin, ce sont deux tombes et une concession, dans ceux de Saint-Marc c’est une tombe, Saint-Pierre ce sont une tombe et une concession, Recouvrance une tombe, Lambézellec cinq tombes et deux concessions. » Soit un total de 55 tombes et 12 concessions familiales.

Et Ghislaine Perramant d’expliquer : « Au départ, tous les invisibles, des personnes sans domicile ou dans la précarité, étaient inhumés ici, à Kerfautras. Le CCAS a souhaité que les personnes soient enterrées dans le cimetière le plus proche de leur domicile. » Ce qui semble une bonne chose.

En quête de bonnes volontés

Le collectif Dominique met un point d’honneur à entretenir ces sépultures, reconnaissables par un totem et une plaque portant l’identité du défunt, conçues par l’association Les Papillons blancs par l’intermédiaire de la Ville. « Nous les fleurissons avec des plantes vivaces issues des serres municipales », renseigne Ghislaine Perramant.

« Ensuite, il faut venir enlever les mauvaises herbes, planter. Il faut passer environ une fois tous les trois mois sur chaque tombe. J’ai entretenu celle-ci en avril, par exemple, je reviendrai en juin-juillet », détaille la bénévole. Qui ajoute : « Mais chacun fait comme il veut, à la vitesse qu’il souhaite, se charge du nombre de tombes qu’il désire. »

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Vous l’avez compris, le collectif est en quête de bénévoles pour entretenir régulièrement les tombes et concessions. « Nous sommes une vingtaine de membres dans le collectif, une dizaine est en charge de l’entretien. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour nous donner un coup de main. »

« Juste de l’humanité »

Pourquoi s’est-elle investie ? « Depuis 1998 j’accompagnais des gens en fin de vie au sein de l’Association soins palliatifs Iroise. Lors d’un forum des associations, j’ai rencontré Isabelle et Georges qui venaient de créer le collectif et je les ai rejoints. À notre époque, il est inconcevable de laisser partir des gens dans la totale indifférence. Préparer les obsèques d’invisibles et entretenir leur sépulture, ça prend, certes, un peu de temps, mais c’est juste de l’humanité. »

Georges Leroy et Isabelle Poudevigne sont à l’origine du collectif. « Nous avons été bénévoles à Entraide et Amitié. Nous avons vu des gens partir seuls, dans leur lit : imaginez la détresse de quelqu’un qui meurt comme ça, évidemment, cela nous touchait beaucoup. Et un jour, un copain, Dominique, est décédé dans la solitude. Nous ne l’avons su qu’après, nous étions désemparés », commentent-ils. Après avoir lu un article sur le collectif Les morts dans la rue, ils ont décidé de créer le leur à Brest, qu’ils ont baptisé Dominique, en hommage à leur copain. « Pour redonner leur identité à ces invisibles et qu’ils ne meurent plus dans l’indifférence. » Mais dans le respect et la dignité.

Trois objectifs

« Le premier objectif du collectif est d’organiser les funérailles », rappellent les bénévoles. « Une cérémonie civile qui se déroule dans la salle des mariages de la mairie annexe de l’Europe. » Et Olivier Person de préciser : « Au préalable, nous réalisons une enquête de proximité pour dresser le portrait du défunt et adapter les textes et musiques. »

Et les bénévoles de citer le commentaire d’une autre membre du collectif qui disait : « C’est un peu comme si on allait aux obsèques de quelqu’un de la famille, nous faisons corps, nous faisons communion, les familles et amis des défunts nous en sont reconnaissants. »

Le deuxième objectif est l’entretien des sépultures, évoqué ci-dessus.

Et le troisième est d’organiser un hommage collectif chaque année, auquel tout le monde peut assister. Au mois d’octobre, au cimetière de Kerfautras. « Nous étions une centaine à nous recueillir l’an dernier. Depuis le début de l’année, nous avons accompagné neuf décès. Nous en avions fait 11 au total l’an passé… », conclut Olivier Person. « Des gens d’une cinquantaine d’années, en moyenne. De plus en plus jeunes… »

E-mail : [email protected]/ Tél. 06 15 90 56 37.

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