La flambée d’Ebola n’est pas un hasard

Un pays poussé à bout

Cette flambée survient dans un pays déjà poussé à bout. La guerre et des années de désengagement de l’aide internationale ont aggravé une crise humanitaire d’une ampleur vertigineuse : une personne sur quatre souffre de la faim. Ces mêmes coupes ont également affaibli les capacités de détection, au point que les systèmes de surveillance, qui auraient dû identifier l’épidémie des semaines plus tôt, ont failli.

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Le plus inquiétant n’est pas seulement le virus lui-même. C’est le contexte dans lequel il se propage.

Le virus actuellement en circulation – une souche rare, sans vaccin disponible, avec un taux de létalité compris entre 30 et 50 % – a déjà entraîné plus de 900 cas suspects et 220 décès, d’après le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Il se propage désormais des zones rurales isolées vers les centres urbains, et au-delà des frontières, comme en Ouganda. Un médecin américain est actuellement soigné en Allemagne après avoir été contaminé en RDC. Mais le plus inquiétant n’est pas seulement le virus lui-même. C’est le contexte dans lequel il se propage.

Conséquences meurtrières

Au cours de l’année écoulée, les financements humanitaires destinés à la RDC ont été drastiquement réduits. Les conséquences ont été immédiates et meurtrières : fermeture de centres de santé, pénurie de médicaments essentiels, accès extrêmement limité à l’eau potable et à l’assainissement. Plus de 70 structures de santé ont été détruites dans l’est du pays. Dans une région où 5,6 millions de personnes sont déplacées et où des millions d’autres vivent dans une extrême précarité, les conditions sont réunies pour qu’une crise sanitaire se mue en catastrophe. Ebola n’est pas ingérable. Ce qui l’est, en revanche, c’est un système vidé de ses moyens jusqu’à l’effondrement.

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Il serait trop facile de considérer Ebola comme un problème lointain. Les maladies, elles, ne connaissent pas de frontières – la pandémie de Covid-19 nous l’a brutalement rappelé. Une épidémie qui n’est pas contenue à temps peut avoir des conséquences partout. Pourtant, en 2025, le plan de réponse humanitaire de l’ONU pour la RDC n’a été financé qu’à hauteur de 24 %. L’écart entre les besoins et les moyens disponibles n’a jamais été aussi grand.

Risque de propagation

L’Organisation mondiale de la santé alerte aujourd’hui sur le risque de propagation. Dans une région marquée par d’importants mouvements de population, cette menace est bien réelle. Il ne s’agit pas uniquement d’un enjeu de solidarité. Il s’agit aussi de sécurité. Et de responsabilité collective. Avons-nous la volonté d’investir dans la prévention, toujours moins coûteuse que la gestion d’une crise, ou continuerons-nous à payer le prix de notre inaction ?

La propagation d’Ebola en RDC n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques. Il est urgent de les revoir. Il faut restaurer et renforcer les financements de l’aide humanitaire, investir à nouveau dans les systèmes de santé congolais et garantir l’accès à l’eau, à l’assainissement et aux soins de base.

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La Belgique a un rôle à jouer. Le gouvernement peut débloquer un financement d’urgence pour une réponse encore largement sous-dotée. Il doit également fournir des équipements de protection essentiels, tant pour le personnel médical et humanitaire que pour les populations.

Le monde ne peut pas se permettre de détourner à nouveau le regard. Le prix à payer se compte en vies humaines, aujourd’hui en RDC et en Ouganda, demain peut-être ailleurs.


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