La Martinique passera-t-elle toujours entre les mailles de la menace tsunamis ? Non, nous disent les scientifiques ! Car 70% de ces phénomènes sont d’origine tellurique et notre île est au cœur d’une zone d’activité sismique forte. La menace est donc bien réelle.
« Pendant longtemps, les services de l’État ont nié l’existence de Tsunami », regrette Pascal Saffache, docteur en géographie, spécialiste des milieux tropicaux, « alors que l’ensemble de l’île est sous la menace ».
Nous sommes aussi victimes d’un déficit de mémoire collective qui nous pousse à croire que nous sommes à l’abri. Pourtant la Martinique réunit tous les critères favorisant les tsunamis dans le sens où il s’agit d’un petit territoire avec une concentration de la population et de l’activité économique sur les zones littorales.
La côte la plus exposée est la côte « Est » car le risque y est plus marqué sur le versant Atlantique. Toutefois, en mer des Caraïbes, il existe aussi des zones d’où pourraient émerger de puissantes déferlantes. Par exemple avec le volcan sous-marin « Kick’em Jenny » au nord de la Grenade. Une éruption majeure pourrait impacter le sud de la Martinique en à peine 20 minutes.
La menace pourrait aussi venir du nord en cas d’effondrement d’une falaise instable au sud de la Dominique. Les prévisions font état, dans ce cas, d’un tsunami potentiellement dévastateur.
Tout cela, c’est de la projection. Mais il faut se rappeler, sinon prendre conscience, que par le passé, notre territoire a déjà essuyé ce type de catastrophe.
Le tout premier recensé remonte au 1er novembre 1755. À la suite du séisme dit de « Lisbonne » au Portugal, plusieurs vagues ont traversé l’Atlantique pour atteindre les Caraïbes. Une marée de 3 à 4 mètres de haut avait touché notre littoral Est.
La description la plus précise de ce phénomène a été faite à La Trinité où la mer s’était retirée avant la manifestation du phénomène.
Cette zone est d’ailleurs considérée par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) comme étant la plus vulnérable notamment en raison de sa proximité avec la zone de subduction.
Plus récemment, en 1902, après l’éruption de la Montagne Pelée, d’énormes vagues se sont abattues sur l’île. Des victimes auraient été retrouvées sur les côtes de Porto Rico.
Selon les scientifiques de l’institut public du globe et le rapport GEMITIS, notre île pourrait prochainement être confrontée à un fort séisme : le fameux « Big One » qui survient tous les 150 ans environ. Le dernier de magnitude 7,5 sur l’échelle de Richter s’est produit en 1839. Ce séisme survenu en mer au sud-est de la Martinique est le plus violent jamais enregistré chez nous. Il avait causé de nombreuses pertes humaines et provoqué une montée des eaux mais, pas de tsunami.
Un pareil phénomène peut parfois déclencher une puissante vague se déplaçant à 800 km/h.
Prédire avec précision un tsunami n’est pas encore possible, mais le développement de systèmes d’alerte précoce peut donner aux populations un court délai de réaction.
Il ne faut pas s’en contenter selon le professeur Pascal Saffache.
Ce dernier précise :
Pour se mettre à l’abri, il faut être à une hauteur égale ou supérieure à 15 mètres. Donc les populations doivent connaître les voies d’évacuation, d’où l’intérêt de multiplier les exercices pour baliser des circuits accessibles à tous et ainsi développer les bons réflexes.
Le professeur Pascal Saffache
Le docteur en géographie insiste également sur la nécessité de former et d’informer.
L’autre chantier essentiel porte sur le respect des règles d’urbanisme, de la loi littorale, de la loi sur l’eau notamment pour les personnes qui résident aux embouchures de rivières.
En-dehors de l’aspect réglementaire, les réponses sont variées. C’est ainsi que dans le Pacifique, des bouées anti-tsunami sont présentées comme un bon moyen de lutte. La replantation de mangrove qui freine fortement l’avancée du tsunami est une piste à explorer, tout autant que les murs et autres digues qui peuvent être mis en place en ultime recours.
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