REVUE DE PRESSE – Les principaux médias algériens s’en prennent à la France, alors que la tension ne cesse de grimper entre les deux pays.
La presse algérienne s’emporte ce jeudi contre l’ultimatum «d’un mois à six semaines» à l’Algérie lancé mercredi par le premier ministre François Bayrou, ce dernier menaçant de dénoncer «la totalité des accords» bilatéraux sur les questions migratoires «pas respectés» selon lui. Le quotidien L’Expression relève «une imprécision dans le prononcé du délai» qui «trahit l’impuissance d’un gouvernement qui ne parvient pas à parler d’une seule voix».
La relation bilatérale entre la France et le pays nord-africain est au plus bas depuis plusieurs semaines. La crise s’est aggravée avec l’incarcération à Alger à la mi-novembre de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, poursuivi pour des déclarations faites en France à un média considérées comme portant atteinte à l’intégrité du territoire algérien.
L’arrestation par Paris en début d’année d’influenceurs algériens pour apologie de la violence ou du terrorisme et l’expulsion d’Algériens renvoyés par Alger, ont envenimé la situation. La tension est encore montée d’un cran ces derniers jours après le refus de l’Algérie d’accepter un ressortissant en situation irrégulière, auteur d’un attentat le 22 février à Mulhouse, dans l’est de la France, qui a fait un mort. «L’attaque au couteau fait l’objet d’une instrumentalisation dans le cadre du conflit diplomatique qui oppose la France à l’Algérie, concernant la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental», estime le quotidien ElWatan.
«Mensonge éhonté»
L’Expression fustige le «mensonge éhonté» de François Bayrou sur les «avantages considérables aux ressortissants algériens», affirmant par la même occasion que c’est la France qui «ne respecte pas les accords, que ce soit sur (l’influenceur, NDLR) Doualemn ou encore sur les restrictions imposées par son ministre des Affaires étrangères». L’Algérie, qui prétend ce jeudi soir être la cible d’une «cabale», malgré son attitude «calme» et sur la «retenue» face à l’«escalade» française, ferait face à une «logique de défi, malgré les échecs répétés» du premier ministre français, selon le média. Ce dernier présente également sa vision autour l’expulsion de Doualemn le 9 janvier.
«Faut-il rappeler l’épisode d’une OQTF hâtivement entreprise à l’encontre d’un ressortissant algérien en règle, empêché de faire valoir ses droits, mesure finalement désavouée par la justice française dont il convient de souligner l’impartialité exemplaire, pour noter que, là encore, les leçons de l’histoire ont bien du mal à être digérées», est-il également avancé pour résumer l’affaire de cet homme accusé d’avoir lancé un «appel à la torture» sur le réseau social TikTok visant «un opposant au régime actuel en Algérie».
Le site d’information TSA juge que «la rupture n’est plus impensable». «L’Algérie ne trouve pas d’interlocuteur autre que les voix extrémistes. Invité par le président Tebboune à s’exprimer, Emmanuel Macron se mure dans le silence», déplore le média. De son côté, le Courrier d’Algérie qualifie ces tensions de «grossière et violente campagne politico-médiatique» visant directement le pays nord-africain, et attaque directement la France qui aurait mis «en branle les leviers de chantage qu’elle a entre les mains» pour «faire plier notre pays». «La France en mode algérophobe», titre même Le Soir d’Algérie , en s’indignant des attitudes des dirigeants tricolores.
«Haine vis-à-vis de l’Algérie»
Un autre article du Courrier d’Algérie pointe «des questions» qui pourraient expliquer «amplement la position malsaine de la France face à l’Algérie». Sont cités pêle-mêle «le brutal rétropédalage du président français, Emmanuel Macron, sur la question du Sahara occidental», le choix des nominations «de Xavier Driencourt, Bernard Bajolet et Bernard Emié» à la tête de l’ambassade française en Algérie, ou encore ce «qu’est devenu le commandant de bord de l’airbus d’Air-France détourné à Alger en 1994».
Les différents dirigeants français sont également visés ad hominem. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau est accusé d’être «aveuglé par sa haine vis-à-vis de l’Algérie» et de «“tire(r)” dans tous les sens avec ses “OQTF”». «Il se croit malin en avançant que l’Algérie aurait refusé “dix fois” d’accueillir l’auteur de l’agression de Mulhouse sans en donner les motifs et les dates», poursuit l’article. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lui, est qualifié d’«économiste de formation» et ses capacités à traiter à l’international sont quant à elles remises en question par les médias locaux. «Le tout créant un désordre et un chahut dans l’exécutif français que la France n’avait pas connu depuis la révolution de 1789», estime le quotidien.
Le ministère algérien des Affaires étrangères a également dénoncé ce jeudi le rôle d’une «extrême droite française revancharde et haineuse», une ligne reprise par certains médias dont L’Expression. Ce dernier cible même le parti Les Républicains, qui serait «engagé dans une course au pouvoir avec l’extrême droite du Rassemblement national». Sans y joindre toutefois le moindre argument.
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