Le FMI corrige les erreurs sur les finances publiques du Sénégal après la manipulation des chiffres

Kristalina Georgieva, présidente du FMI

Le Fonds Monétaire International (FMI) prend des mesures pour corriger la gestion des finances publiques du Sénégal, après la découverte d’une manipulation des chiffres concernant la dette et le déficit public, une situation révélée par la Cour des comptes. Cette manipulation des données financières a été mise au goût du jour lors de l’audit effectué sur la gestion des finances publiques entre 2019 et mars 2024.

Une mission du FMI a séjourné à Dakar du 18 au 26 mars pour établir avec le gouvernement sénégalais les mesures à prendre afin de redresser la situation. Cette mission fait suite à la confirmation par la Cour des comptes des accusations de « maquillage des comptes publics » énoncées par l’opposant Ousmane Sonko, lors d’une conférence de presse en novembre 2024. Sonko avait dénoncé une falsification des données économiques par l’ancien régime du président Macky Sall, afin de présenter une image économique beaucoup plus favorable que la réalité.

Le niveau de la dette publique sous-estimé

Edward Gemayel, le chef de la mission du FMI pour le Sénégal, a déclaré que des réformes et des mesures correctrices étaient en cours d’élaboration pour renforcer la gestion des finances publiques. Il a expliqué que ses équipes travaillent « activement à identifier des réformes pour améliorer la gestion des finances publiques, à la suite des défaillances identifiées par la Cour des comptes ». Non sans souligner que l’une des principales erreurs avait été de sous-estimer le niveau de la dette publique sous le précédent gouvernement.

Gemayel a insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes pour éviter que cette situation ne se reproduise à l’avenir. Malgré une dette proche de 100% du Produit Intérieur Brut (PIB), Edward Gemayel a assuré que la dette du Sénégal restait « viable » et que le gouvernement était « capable d’honorer le service de la dette ». Le FMI a précisé qu’aucune restructuration de la dette n’avait été demandée à ce jour par le pays.

Une situation sous contrôle mais à surveiller

Toutefois, la situation financière du Sénégal exige une attention particulière, notamment en raison de la manipulation des chiffres qui a faussé l’image économique du pays. Le rapport de la Cour des comptes, publié en février 2024, avait révélé que la dette publique du Sénégal à la fin de l’année 2023 s’élevait à 99,67% du PIB, soit un montant de 18 558 milliards de francs CFA. Cela représente un écart de près de 10% par rapport aux chiffres officiels communiqués par le gouvernement, qui avait annoncé un taux de dette de seulement 73,6% du PIB.

Selon la Cour des comptes, cela signifie qu’il y a eu un supplément de dette non publié, d’environ 1 892 milliards de francs CFA, soit près de 10% du PIB. Ce chiffre a été confirmé lors d’une conférence de presse commune en novembre dernier, où Abdourakhmane Sarr, le ministre de l’Économie et des Finances, a reconnu l’existence de cette dette supplémentaire. Il a précisé que cette dette non déclarée avait considérablement faussé la perception de la santé économique du pays.

Ousmane Sonko accuse, Macky Sall rejette

Suite à la découverte de ces irrégularités, le FMI a indiqué qu’il soumettra un rapport au Conseil d’administration de l’institution. Deux options sont possibles : soit le FMI accordera une dérogation au Sénégal concernant les décaissements effectués sur la base de données erronées, à condition que des mesures correctrices soient mises en place rapidement, soit le pays sera amené à rembourser les décaissements effectués. Le FMI a insisté sur l’importance de redresser la situation pour assurer la transparence et la stabilité financière à long terme.

Les révélations sur la manipulation des chiffres ont alimenté la polémique politique au Sénégal. Ousmane Sonko, leader de l’opposition, a accusé l’ancien Président Macky Sall d’avoir menti au peuple sénégalais et aux partenaires internationaux en falsifiant les chiffres économiques pour donner une image erronée de la santé financière du pays. De son côté, l’ex-Président Macky Sall a rejeté ces accusations de falsification des comptes publics. Lors de ses derniers mois en fonction, il a soutenu que son gouvernement avait laissé un pays avec des indicateurs économiques « au vert ».

Crédit: Lien source

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.