les pays industrialisés sont davantage touchés

21 février 2025 à 17h00

Mis à jour le 24 février 2025 à 09h19

Durée de lecture : 4 minutes

Vos yeux pleurent, vos narines picotent et votre gorge gratte ? Pas de doute, la saison des pollens est — déjà — de retour. Près de 80 départements ont été placés en alerte rouge concernant le risque d’allergie, par le Réseau national de surveillance aérobiologique. Le coupable : un hiver très doux qui a favorisé la floraison précoce de cyprès, thuyas, genévriers, frênes, noisetiers et aulnes dans tout le pays. Mais aussi notre mode de vie occidental, trop aseptisé.

Pourquoi notre corps se met-il à combattre des poussières inoffensives issues des plantes qui nous entourent ? Pour les spécialistes, la réponse se trouve dans notre hygiénisme.

Nous vivons dans un environnement nettoyé, désinfecté et javellisé où les germes et bactéries sont bien moins virulents qu’autrefois. Faute d’ennemi à combattre, « notre système immunitaire se met à lutter contre des agresseurs imaginaires », explique à Reporterre Sophie Silcret-Grieu, allergologue à Paris et membre de l’association Asthme et Allergies. Pour quelle raison ? « Il y a beaucoup d’hypothèses et peu de certitude, dit la chercheuse. C’est une particularité du comportement immunitaire. »

Lire aussi : Allergies au pollen : les urbains particulièrement vulnérables

Des études montrent que les enfants élevés dans des fermes au contact avec des animaux, exposés à plus de germes, développent moins de maladies allergiques. On parle à ce propos de l’hypothèse hygiéniste. « Dans les pays où les problèmes infectieux sont au premier plan, il y a moins d’allergies », poursuit Sophie Silcret-Grieu. Trop occupé à lutter contre des maladies mortelles, le corps humain ne considère plus les pollens comme des adversaires à combattre.

« Dans les pays où les problèmes infectieux sont au premier plan, il y a moins d’allergies. Mais il ne s’agit pas d’envoyer balader les vaccinations contre les maladies mortelles. Mieux vaut avoir le rhume des foins que le tétanos ».

Pollution et crise climatique

Dans les pays industrialisés, un autre facteur aggrave notre réactivité aux allergènes. En irritant les voies respiratoires, la pollution rend plus sensibles les personnes allergiques. De plus, elle modifie la composition des pollens. « Les grains de pollen sont comme des noix dont la partie allergisante se trouve dans la coquille. Les polluants abîment cette coquille. Ainsi, les allergènes sont plus exposés », poursuit Sophie Silcret-Grieu. Les urbains sont donc encore plus exposés que les habitants des campagnes.

Enfin, le réchauffement climatique joue un rôle important dans l’aggravation des allergies, avec des printemps précoces et plus ensoleillés qui augmentent la quantité de pollens, tandis que certaines plantes allergisantes, comme l’ambroisie, étendent leur aire de répartition.

Au total, près d’un adulte sur trois souffre de ces rhinites saisonnières, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Un chiffre qui a triplé en vingt ans, selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

« Dans les années 1970, cela concernait seulement 5 % de la population », explique Sophie Silcret-Grieu. D’ici 2050, 50 % de la population mondiale sera affectée par au moins une maladie allergique, estime l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une pathologie qui a un coût : plus de 22 millions d’euros de dépenses publiques annuelles liées à l’allergie à l’ambroisie rien qu’en région Auvergne-Rhône-Alpes, en 2016, selon un calcul du Réseau national de surveillance aérobiologique.

Comment inverser la tendance ? « Cela va être difficile, poursuit l’allergologue. Nos modes de vie ont changé et le corps humain ne peut pas admettre des modifications des habitudes aussi rapides. »

Pour les nourrissons, la diversification alimentaire précoce permettrait de diminuer le risque allergique en stimulant les défenses immunitaires. Les adultes déjà touchés, eux, peuvent notamment se tourner vers la médecine.

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