libérer l’investissement pour réarmer la France

L’Europe se réarme dans un contexte de tensions internationales aiguës qu’elle n’avait pas su anticiper et la France, comme ses voisins, se heurte à une contradiction majeure : l’industrie de la défense, garante de notre souveraineté, demeure exclue des circuits de financement les plus dynamiques. Entre réglementations européennes rigides, critères ESG (environnement, social, gouvernance) appliqués de manière dogmatique et surenchères idéologiques des institutions financières, ce secteur vital est privé des ressources indispensables à son développement. Il faut lever ces entraves et permettre à l’épargne des Français de se mobiliser au service de la sécurité de notre pays.

En 2020, la Commission européenne a adopté la taxonomie verte, destinée à encourager les investissements dans des activités jugées « durables ». Sous l’influence d’Ursula von der Leyen, l’ensemble du secteur de la défense et de la filière nucléaire en a été exclu. Cette décision irresponsable a été aggravée par la montée en puissance des critères ESG, conduisant de nombreuses institutions financières, comme CNP Assurances – dont l’actionnaire exclusif est la Banque postale -, à exclure volontairement les entreprises de la défense de leur portefeuille, de peur d’être exposées à des campagnes de « name and shame ».

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Les conséquences sont graves. Les entreprises de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) ne parviennent pas à obtenir les financements longs que requièrent l’innovation et la modernisation de leurs infrastructures. Leur accès aux liquidités de court terme est entravé, ralentissant la production et la livraison de matériels essentiels aux forces armées. La sous-valorisation boursière chronique des grands acteurs de la défense les expose à des rachats étrangers et fragilise l’ensemble de leur chaîne de sous-traitance, constituée d’un tissu dense de 4 000 PME et d’ETI stratégiques.

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La demande en équipements de défense explose dorénavant. La France, avec une Loi de Programmation Militaire sous-financée – nous n’atteignons les 2 % du produit intérieur brut qu’en intégrant les pensions des retraités militaires -, doit s’engager dans un réarmement massif, alors que son déficit et son endettement ont atteint des niveaux historiques.

Face à ces défis, quelles sont les pistes pour financer l’effort de défense ?

• Un livret d’épargne dédié ? Solution en apparence séduisante, qui nécessiterait une rémunération attractive pour les épargnants, au coût élevé pour les finances publiques sans pour autant créer un choc psychologique.

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• Une taxation accrue des plus fortunés ? Elle fragiliserait l’investissement privé et accentuerait la délocalisation des talents.

La levée des restrictions absurdes qui pèsent sur l’investissement dans la défense constitue la solution la plus rapide : il faut tout de suite permettre aux banques, aux gestionnaires d’actifs et aux épargnants d’investir librement dans ce secteur stratégique sans pénalisation financière ou réputationnelle.

• Un fonds stratégique, en outre, porterait une charge symbolique, même si nous n’avons ni réserves de changes excédentaires ni d’énergies ou de matières premières à vendre. BPI France, en effet, qui a succédé au Fonds Stratégique d’Investissement créé sous la présidence Sarkozy, n’est qu’une banque, régulée comme telle par la BCE, un des premiers acteurs du private equity, mais dont les interventions n’ont guère été consacrées aux secteurs stratégiques. Un Fonds Stratégique Français (FSF) serait constitué des participations stratégiques de la Caisse des Dépôts, de BPI France dans les grandes entreprises cotées et du portefeuille de l’Agence des Participations de l’État, soit au total 180 à 200 milliards. Ce Fonds, axé sur une doctrine publique de long terme, ferait appel à l’épargne des Français, distribuée par les réseaux bancaires sous forme d’emprunt à dix ans (ou de parts du fonds en actions) avec un objectif de 100 à 120 milliards. Le placement bénéficierait d’une fiscalité dégressive par tranche et par année.

« Financer notre souveraineté est un impératif national et moral »

Il est temps de tourner le dos aux absurdités de la Commission qui a échoué par irénisme et naïveté en tout ce qui relève de la guerre économique : refus, jusqu’à une date récente, de toute politique industrielle et de toute révision majeure de la politique de la concurrence, filtrage, optionnel pour les États de l’Union, des investissements extra-européens non désirés, refus encore de tout aggiornamento sur l’énergie où la logique de marché doit être abandonnée.

Sans sécurité, sans défense, aucun investissement ne peut être réellement responsable et durable. L’Europe doit donc réviser sa taxonomie. L’épargne française, fléchée à l’aide d’un label « Défense nationale », pourrait ainsi soutenir directement les entreprises de la BITD et nos « majors », ou s’investir dans le Fonds Stratégique Français, consolidant le maillage industriel des PME et ETI sous-traitantes, aujourd’hui sous-cotées et fragilisées.

Financer notre souveraineté est un impératif national et donc moral. Laisser nos entreprises de défense s’asphyxier sous le poids de restrictions idéologiques déconnectées des réalités géopolitiques est une faute historique. Assumer notre souveraineté, garantir notre sécurité, affirmer notre indépendance constituent bien un choix de civilisation.

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