L’Insee très attendue mardi pour donner le ton de la croissance du premier trimestre en France

Le gouvernement a-t-il été trop optimiste? L’Insee dévoilera mardi une première estimation de la croissance au premier trimestre, un chiffre qui contribuera à juger de la crédibilité des ambitieuses prévisions gouvernementales. Chaque dixième de point de pourcentage va compter pour atteindre la cible de 1% de progression annuelle du PIB fixée par l’exécutif, une prévision supérieure à celle des principaux instituts de conjoncture.

Alors que le gouvernement a placé la croissance (et la maîtrise des dépenses) au coeur de sa stratégie de redressement des finances publiques, un chiffre nul ou faible au premier trimestre compliquerait considérablement l’équation.

Si l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) annonce « 0% ou 0,1% au premier trimestre – celui des quatre qui pèse le plus dans le calcul de la croissance annuelle – ça va être très difficile » d’atteindre 1% sur l’année, explique à l’AFP Stéphane Colliac, économiste chez BNP Paribas. Et « quand on débute plus bas, après il faut pédaler assez vite pour rattraper », ajoute-t-il.

Dans sa dernière note de conjoncture publiée mi-mars, l’Insee a révisé à la baisse ses prévisions pour le premier trimestre, estimant désormais que la croissance devrait être nulle. Plus optimistes, la Banque de France et la Société Générale tablent sur une croissance du PIB de 0,2% entre janvier et mars.

Entre les deux se situent les économistes de BNP Paribas (+0,1%) et ceux de l’Observatoire français des conjonctures économiques, qui parient sur « un petit 0,1% ou un grand 0% », indique à l’AFP l’économiste de l’OFCE Magali Dauvin.

Les données macroéconomiques du début d’année n’incitent guère à l’optimisme. « On n’a pas eu une consommation des ménages très dynamique, alors que c’est une composante importante du PIB », explique Mme Dauvin, ajoutant que la construction a « plombé » la croissance, comme une partie de l’industrie.

Avec ce premier trimestre en demi-teinte, on pense que (la prévision du gouvernement) n’est pas du tout réaliste », affirme l’économiste de l’OFCE, qui table plutôt sur 0,5% de croissance annuelle. Stéphane Colliac parie lui sur 0,7%, après un « retard à l’allumage » au premier trimestre.

Cependant, atteindre 1% de croissance annuelle « n’est pas non plus impossible ». « On a eu par le passé des surprises à la hausse: en 2023, on a eu un deuxième trimestre spectaculaire », a rappelé l’économiste, « mais cela n’arrive pas forcément tous les ans… »

Le contexte est délicat pour le gouvernement, avec un dérapage du déficit en 2023, à 5,5% du PIB contre 4,9% attendus. Il est clair que les agences de notation Moody’s et Fitch, même si elles maintiennent pour l’instant leurs notes élevées sur la capacité de la France à rembourser sa dette, ne croient pas à un retour du déficit sous les 3% en 2027, qui est une exigence européenne.

« La seule chose qui compte pour moi, c’est que nous revenions sous les 3% de déficit public en 2027 », a réitéré Bruno Le Maire dimanche soir sur LCI, qualifiant « d’accident important » le fait que les recettes aient été inférieures l’an dernier de 20 milliards d’euros aux attentes du gouvernement.

L’exécutif a déjà acté 10 milliards d’euros d’économies dans les dépenses de l’Etat et cherche 10 milliards de coupes supplémentaires à réaliser en 2024, pour atteindre son nouvel objectif de déficit public (5,1% du PIB, contre 4,4% espérés initialement). Or, les dix premiers milliards d’économies devraient déjà amputer la croissance annuelle de 0,2 point, a averti début avril l’OFCE. « Si on veut se rapprocher de loin du chiffre du gouvernement (1% de croissance en 2024, NDLR), il faudrait vraiment un sursaut de la demande intérieure, qui passerait par la consommation des ménages », affirme Magali Dauvin.

C’est possible, selon M. Colliac, pour qui la disparition au deuxième trimestre de « poches d’inflation » persistantes « sur l’énergie et les services » peut relancer la machine. Il évoque aussi une potentielle reprise de l’investissement des entreprises, si bien que cela ferait « deux soutiens solides » à l’économie française en 2024. Avec le gouvernement, « on a un petit désaccord sur le moment où la reprise intervient », ce qui se répercute sur la moyenne annuelle, estime M. Colliac, « mais globalement, l’histoire est assez similaire »: la relance interviendra bien en 2024.

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