« Magma » : un film catastrophe original qui explore les fragilités sociales et humaines en Guadeloupe
Katia est une volcanologue (Marina Foïs) installée sur l’île de la Guadeloupe depuis une dizaine d’années. Elle dirige une équipe et transmet son savoir scientifique à Aimée (Théo Christine), un jeune Guadeloupéen qui prépare sa thèse. Le film explore leur relation d’apprentissage réciproque dans un contexte où le volcan de l’île, la Soufrière, menace d’entrer en éruption. Bien que présenté comme un film catastrophe, il se concentre sur les tensions sociales, postcoloniales et politiques que cette menace révèle.
Charlotte Garson regrette que le sensationnel miniaturise les vrais enjeux
La rédactrice en chef adjointe des ‘Cahiers du cinéma’, regrette que le spectaculaire attendu passe au second plan pour se concentrer sur le travail de la volcanologue, car cela éclipse les problématiques plus larges qu’aborde le film : « C’est un film dont on voit très bien ce qu’il évite comme écueil et dont j’ai trouvé qu’il avait une sorte de souci de ne pas jouer du spectaculaire un peu obscène que constituerait le suspens. On suit Marina Foïs comme un film de métier, on voit d’assez près comment elle touche les pierres, comment elle recueille les cendres, les analyses. Elle écoute le volcan un peu comme si c’était un corps qui respire. C’est assez beau, mais surtout, il y a une sorte de bascule entre le spectaculaire du film catastrophe et la psychologie de la volcanologue. Je trouve dommageable que cela miniaturise les problèmes, les enjeux autour d’une personne. La transmission se retrouve sacrifiée, et il m’a notamment donné envie d’aller revoir plusieurs des films récents de Werner Herzog qui, lui, n’a pas peur du sensationnalisme« .
Un film catastrophe qui révèle avec plein d’habileté la complexité néocoloniale de la Guadeloupe
L’historien, animateur et critique de cinéma salue la manière avec laquelle le film détourne les attentes du registre catastrophe au profit d’une exploration des dynamiques sociales et néocoloniales en Guadeloupe : « C’est un film plutôt intéressant, habile parce qu’il joue avec les codes du film catastrophe puisque au départ, on s’attend à une catastrophe, et le séisme qui se produit est avant tout social. Avec la dimension néocolonialiste et xénophobe avec des passages assez durs où rien n’est dissimulé, le film montre la complexité de la société guadeloupéenne. De ce point de vue, j’ai été cueilli, car c’est malin, intelligent et raffiné. Les images sont magnifiques et je n’avais jamais vu la Guadeloupe aussi belle que dans ce film, avec cette façon de filmer la nature de manière absolument magnifique. Le petit bémol, c’est que le film est truffé de dialogues scientifiques incompréhensibles, ponctué par quelques faiblesses scénaristiques« .
Xavier Leherpeur : un film passionnant porté par un duo d’acteurs formidables
Le chroniqueur et critique de cinéma pour 7e Obsession salue un film captivant qui fait écho aux réalités sociales contemporaines de manière intelligente et subtile, notamment dans l’interprétation : « C’est un film sur la faillibilité puisqu’il y a des données contradictoires, qu’on n’interprète pas toujours, il y a un écho plutôt malin, pas du tout poujadiste avec ce qu’on a vécu, avec le confinement, avec l’inégalité sociale, et ce n’est jamais surligné, avec en plus un point de vue qui passe par le hors champ, par l’ellipse, par l’intelligence des dialogues et les rivalités. Et puis ce couple formidable à travers lequel vit un film de métier. C’est passionnant de bout en bout. Marina Foïs et Théo Christine sont absolument magnifiques« .
Pour Florence Colombani, c’est un film profondément ancré dans l’histoire de la Guadeloupe
La journaliste et critique cinéma chez Le Point souligne tout particulièrement la performance de Théo Christine et la manière dont le film parvient à s’inscrire dans l’histoire de la Guadeloupe : « Théo Christine est un acteur vraiment très doué. C’est une très belle découverte. Le film réussi à être profondément ancré dans l’histoire de la Guadeloupe. Il y a ce côté métaphorique, mais c’est une éruption volcanique à la Guadeloupe et l’évocation d’un épisode tragique de l’histoire du département, qui donne au film un ancrage qui est bien en écho avec la façon dont le territoire est filmé, représenté, et c’est ce qui fait toute son épaisseur« .
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