Mali : avec la destruction de la radio emblématique Naata, l’information continue de disparaître aux trois frontières du Sahel
Un média transfrontalier pour promouvoir la paix
La radio Naata émettait sur un rayon d’au moins 65 km dans cette zone dite des “trois frontières”, touchant des auditeurs situés aussi bien au Mali qu’au Burkina Faso et au Niger. Elle représentait un précieux moyen pour les populations d’accéder à une information de proximité et servait régulièrement de canal pour les autorités locales, l’armée, ainsi que les organisations non gouvernementales (ONG), pour transmettre des messages aux populations. La radio comptait neuf employés, dont quatre femmes, qui produisaient quotidiennement des programmes en français et en langues locales songhaï, tamasheq, bambara et peul, sur des thématiques essentielles comme la santé, l’éducation et l’environnement.
La radio Naata a obtenu son autorisation d’émettre à Labbezanga le 1er novembre 2020, après une attaque contre le camp militaire de la localité ayant occasionné plusieurs morts et des déplacés internes. À la reconstitution du camp dans le cadre de l’Opération Barkhane (2014-2022), l’armée malienne était de retour et “il fallait, à travers la radio, sensibiliser les populations locales pour renforcer la quiétude, le vivre ensemble et la paix”, indique une source locale.
Au Mali, les radios communautaires sont les seuls médias disponibles dans de nombreuses localités du nord et du centre, enclavées par l’insécurité. “Malgré leur importance, elles fonctionnent difficilement” à cause notamment des menaces des groupes armés, mais aussi des difficultés économiques, regrette un directeur de radio dans le centre du pays, qui souhaite garder l’anonymat. “Aujourd’hui celles du Sud aussi sont devenues vulnérables à cause du déplacement de l’insécurité vers cette zone”, ajoute-t-il.
En septembre 2025, RSF a présenté son documentaire sur le combat des radios communautaires pour informer au Sahel. Il s’agit d’un portrait croisé de trois responsables de radios du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui ravive l’espoir d’une presse libre dans la région malgré les menaces. Un an plus tôt, l’organisation a lancé, aux côtés de 547 radios, l’Appel de Bamako, lors d’une conférence de presse dans la capitale malienne, exhortant les autorités régionales et la communauté internationale à soutenir et à protéger les radios communautaires.
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