Naïma est une poupée noire qui ressemble aux petites filles qui jouent avec depuis maintenant près de onze ans en Côte d’Ivoire, et à présent au-delà des frontières ivoiriennes. Sa maman s’appelle Sara Coulibaly. Elle est la porteuse de ce projet d’un jouet qu’elle surnomme elle-même « ludo-identitaire » en proposant aux enfants africains des jouets qui leurs ressemblent.
Dans ses bureaux de la Palmeraie à Abidjan, Sara Coulibaly, la maman de la marque Naïma Dolls, a fait d’un défi ludique pour sa première fille une entreprise prospère. Une réussite qui a débuté, comme souvent, avec une bonne idée et trois bouts de ficelle :
« Je pense que je suis la première, en Côte d’Ivoire, à avoir pensé aux petites filles africaines en se disant que ce n’est pas normal qu’on joue avec des jouets qui ne nous ressemblent pas. »
Une production de 150 000 poupées par an désormais
« On a commencé à créer des petites Naïma, pour la petite Naïma à qui j’ai donné vie il y a 11 ans maintenant. Ma mère, ma grand-mère, tout le monde a mis la main à la pâte dans ce projet. On n’a pas commencé avec grands moyens : c’était 500 poupées, un site internet, sur fonds propres et beaucoup, beaucoup de courage et de passion » , poursuit Sara Coulibaly.
Naïma, une jolie poupée noire aux cheveux crépus, s’arrache dans les magasins de la Côte d’Ivoire, du Sénégal, du Gabon ou même encore en Europe et aux États-Unis. Victime de son succès, la production est passée, en 11 ans, de quelques centaines à 150 000 pièces par an. Mais pour répondre aux normes internationales, il a fallu abandonner le conditionnement et les robes façonnées à Abidjan pour une fabrication à l’étranger. C’est le revers d’une médaille qui a quand même permis à Naïma Dolls de passer d’une dizaine de salariés à près de 50 aujourd’hui. Et avec une idée bien précise pour Sara Coulibaly :
« On a abandonné le conditionnement local pour aller à la quête du volume, pour ensuite récupérer la production et développer un marché véritablement en Afrique. Donc oui, j’assume d’avoir changé le lieu de production pour gagner en qualité, gagner en volume et pouvoir aller à la conquête de nouveaux marchés de façon beaucoup plus digne. Parce qu’une marque africaine vient des fois avec ses stéréotypes en termes de qualité. Et pour nous, la qualité, les normes, c’était très important. Il fallait qu’on puisse passer toutes les frontières en se disant que ce n’est pas parce que c’est une marque africaine qu’elle ne peut pas être vendue aux États-Unis, etc. Et maintenant que c’est fait, on peut maintenant espérer récupérer la production en Côte d’Ivoire. »

Une « »ludo-éducation » dédiée à la jeunesse ivoirienne »
La marque a diversifié ses jeux pour développer ce que Sara appelle la « ludo-éducation » dédiée à la jeunesse ivoirienne :
« La »ludo-éducation identitaire », c’est simplement utiliser le jeu pour rétablir tout ce qui est le gap en termes de connaissance de soi, de son identité et de sa culture. Dans la main, j’ai un jeu de cartes, un puzzle sur la Côte d’Ivoire où on peut découvrir les richesses du pays, où il y a des illustrations de toutes les personnalités qui ont pu marquer la Côte d’Ivoire. Et on a fait la même chose sur les villes de la Côte d’Ivoire. On a plusieurs jeux de société qu’on a développés comme ça, où on apprend aux enfants, ivoiriens ou non, à découvrir la Côte d’Ivoire et l’Afrique de façon plus générale. On donne ainsi des billes pour ouvrir des discussions intergénérationnelles, interculturelles et puis, transmettre toujours un bout de la Côte d’Ivoire à tout le monde. »
Parmi les dernières créations : Le grand secret du musée, un livre illustré et coédité par l’Unesco, sous la direction de Maïmouna Camara, chargée du programme Culture à l’Unesco d’Abidjan :
« Pour la transmission de nos valeurs, il faut qu’on puisse impliquer de plus en plus les enfants et les adolescents pour expliquer, dans un langage assez accessible, certaines thématiques que nous portons. C’est la raison qui nous a poussé à travailler avec Sara Coulibaly, pour permettre aux adolescents de mieux s’approprier leur patrimoine culturel, pour parler du Djidji Ayôkwé, pour que tous ces enfants ivoiriens puissent connaître l’histoire de ce tambour-parleur. »
Le livre consacré au tambour Djidji Ayôkwé a été présenté au salon du livre d’Abidjan. Le prochain ouvrage permettra à Naïma de faire découvrir aux enfants ivoiriens l’histoire de la ville de Grand-Bassam.
Crédit: Lien source