« on envoie les surveillants à l’abattoir »

L’affaire avait défrayé la chronique. Le 8 décembre 2016 au matin, trois hommes se présentent à moto au niveau de l’entrée des urgences du CHU de la Martinique. Lourdement armés, ils mettent en joue des gardiens de prison assurant le transport d’un détenu qui doit recevoir des soins à l’hôpital. Le commando et le trafiquant s’évaporent rapidement dans la nature.

Huit ans après l’évasion de Walter Pérez Caruso, considéré comme un baron de la drogue d’origine uruguayenne, un membre présumé du commando a été arrêté le 4 mars dernier à l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris. Condamné en son absence en octobre, il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international.

Le suspect a, depuis, été transféré au centre pénitentiaire de Ducos et doit comparaître prochainement devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France.

Un manque de moyens pour les syndicats de gardien

Pour les agents pénitentiaires de Martinique, cette interpellation ravive un certain émoi. Car, selon les syndicats de surveillants, rien n’a changé sur la sécurisation des agents, depuis cette évasion, fin 2016.

Patrick Louvounou, secrétaire local de FO Justice de Martinique, estime que les surveillants sont en danger à chaque extraction médicale.

Les personnels pénitentiaires sont secoués depuis 2016 par cette affaire. Parce qu’on a deux de nos collègues qui partis à la retraite dans un état psychologique difficile. Et on a encore la résonance des faits graves qui se sont passés il y a quelques mois, au mois de mai précisément, 2024, où deux de nos collègues ont été assassinés, tués par des trafiquants de drogue. Il faut bien se rappeler que dans cette affaire, les personnels avaient été mis en joue et il s’en était fallu de peu pour qu’on ait un drame comme le drame d’Incarville.

Pour Patrick Louvounou, « aujourd’hui, quand les personnels partent avec un détenu à l’hôpital, ils vont à l’abattoir aussi. Il y a régulièrement des incidents parce que nous partons aux urgences et les personnels rencontrent des voyous qui, quelquefois, les menacent ou passent à l’acte.

Demande de création d’une Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale

Selon lui, les surveillants sont toujours en nombre insuffisant, pour assurer les escortes « à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, parfois, trois, quatre fois par jour et pendant plusieurs heures avant de repartir ».

La création d’une Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale (UHSI), demandée de longue date, n’est toujours pas à l’ordre du jour. Elle apporterait pourtant, selon les syndicats, une sécurisation des personnels, de la population, des personnels infirmiers…

« Tout le monde est concerné, est impacté », insiste Patrick Louvounou, pour qui l’Etat ne met pas « les moyens nécessaires pour lutter contre les trafics, les narco-trafiquants et assurer l’incarcération de ces personnes et la sécurité de notre pays ».

Il y a deux ou trois ans, on a vu un commando aller extirper un trafiquant de drogue à l’hôpital dans une chambre avec d’autres malades. Ça prouve bien que nous sommes dans une zone dangereuse. On entend des mesures au niveau de l’Hexagone, mais concernant l’Outre-mer, plus particulièrement la Martinique, on est des laissés pour compte. Nous espérons que monsieur Darmanin, en tant que ministre de la Justice, viendra nous voir pour qu’on puisse mettre tous ces sujets sur la table.

 

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