Il n’y connaissait rien mais il a très vite compris. « Je cherchais un apprenti. Ali est venu faire un stage et quand j’ai vu son énergie, sa volonté et la qualité de son travail au bout de quelques jours, j’ai dit que je ne le prendrai pas en apprentissage. Mais que je l’embauchais directement ! », sourit Laurent Bruneau, cogérant d’Application Moderne du Verre (AMV), à Chambray-lès-Tours.
C’était il y a un peu plus de trois ans. Un pari gagnant puisque le jeune homme, originaire de Côte d’Ivoire, est toujours là et est devenu un façonnier qualifié. « J’ai trouvé une deuxième famille », glisse-t-il, reconnaissant. Ali a quitté son pays natal en 2019, à 16 ans, poussé « par l’envie de trouver un travail » et le désir d’une vie meilleure. « Mon père est décédé en 2016, j’ai vécu chez mon oncle mais ça ne s’est pas très bien passé. J’ai dû prendre mes responsabilités », confie celui qui dormait dans une gare. Depuis le Maroc, il traverse la Méditerranée.
Ali n’avait jamais travaillé dans le verre mais est devenu un façonnier qualifié.
© Photo NR, Alexandre Métivier
Arrivé à Tours par hasard
« On était plusieurs à vouloir rejoindre l’Europe. Nous sommes arrivés près de Valence, en Espagne », se souvient-il. Une association l’aide à rejoindre la frontière franco-espagnole, et le jeune homme, sans papiers, parvient à rejoindre Paris, en sautant de train en train. « Là, j’ai repris le premier train qui partait et il est arrivé à Tours », ajoute-t-il. Il toque à la porte du conseil départemental, atterrit à Sorigny. Puis à Tours aux côtés d’Utopia 56, qui l’aide à obtenir une régularisation en 2021.
Scolarisé au lycée Henri-Becquerel, il fait deux stages en électricité. Avant de débarquer chez AMV. « Je n’avais jamais travaillé dans le verre mais le travail m’a vite attiré. J’avais envie de m’accrocher », confie Ali. « Il a pris la main qu’on lui tendait, il s’est sublimé. À l’époque, j’avais un façonnier qui partait en retraite et on ne trouvait personne pour le remplacer. Ali est arrivé et ça a fonctionné », reprend Laurent Bruneau, fier d’avoir « fait ce pari de l’embaucher. Il a une vraie qualité de main. C’est un métier atypique, il faut être capable d’avoir les mains dans l’eau froide en hiver. »

Ali entouré de toute l’équipe d’AMV.
© Photo AMV
« Un profil dont il faut s’inspirer »
Trois ans après son embauche, le jeune Ivoirien est « fier » de lui. « Mon plaisir, c’est que les clients soient satisfaits du produit. Et je me vois rester longtemps ici où on a de la cohésion », confie celui qui vit à Tours avec sa compagne et leur jeune enfant.
« Notre réussite, c’est la sienne et sa réussite, c’est la nôtre », apprécie Christophe Trimoreau, l’associé de Laurent Bruneau. « Il a de vraies qualités humaines, une confiance en ses capacités et il fait preuve d’une intelligence d’adaptation remarquable », ajoute-t-il. « C’est quelqu’un de très résilient. Les débuts ont pu être compliqués. Il n’avait pas grand-chose au départ, mais il ne disait rien. C’est un profil dont il faut s’inspirer », ajoute Laurent Bruneau. En face d’eux, Ali les remercie. Puis repart dans l’atelier où une dizaine de machines différentes attendent de recevoir ses ordres.
Une particularité régionale
Depuis le début de l’année 2025, Application Moderne du Verre (AMV) a commencé à travailler sur un feuilleté de couleur sur-mesure pour le verre qu’il travaille. « On met des tissus, des grillages métalliques entre deux verres. Ça sert pour la décoration et les cloisons de bureau », indique Laurent Bruneau, cogérant d’AMV. « On peut mettre des photos et l’intérêt est de le faire sur des dimensions plus petites que les grandes plaques de verre fabriquées en usine », ajoute son associé Christophe Trimoreau. Un verre à occultation électrique, avec une télécommande capable de faire passer le verre du transparent au gris ou au blanc, est aussi à l’étude actuellement.
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