[Pétrole] Gouvernance sous vide, pouvoir sous contrôle : les dérives silencieuses d’Assala | Gabonreview.com

Depuis le rachat d’Assala Energy par l’État gabonais avec l’appui de Gunvor, la société traverse une phase d’atonie managériale. Derrière une apparente vacance du pouvoir, une centralisation méthodique s’opère autour de Marcellin Simba Ngabi, patron de la GOC, dans un jeu d’équilibres opaques où les enjeux pétroliers se doublent d’ambitions personnelles.

Assala : À défaut de gouvernance, le temps gouverne et le pouvoir s’écoule… entre les mains d’un seul. © GabonReview

 

Dix mois après l’acquisition d’Assala Energy par la Gabon Oil Company (GOC), la promesse d’une souveraineté retrouvée sur les actifs pétroliers stratégiques du pays peine à se matérialiser. Le rachat, opéré en juin 2024 auprès du fonds américain Carlyle, a été politiquement acté comme une étape-clé de la «reprise en main des ressources nationales», voulue par le président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Pourtant, ainsi que le confirme Africa Intelligence (19/03/2025), aucun directeur général n’a été nommé à ce jour, ni à Londres ni à Libreville. Seul un directeur financier, le Britannique Julian Tedder, a été brièvement recruté, mais il serait déjà sur le départ.

En surface, il s’agirait d’un retard de recrutement. En réalité, selon plusieurs connaisseurs du secteur, cette vacance prolongée sert un objectif clair : maintenir entre les mains de Marcellin Simba Ngabi, actuel directeur général de la GOC, la haute main sur l’ensemble des opérations d’Assala, au Gabon comme à l’international. Présidant les conseils d’administration à Libreville et à Londres, il cumule les leviers de décision sans disposer formellement du titre de CEO – une posture qui brouille les lignes entre supervision institutionnelle et pilotage exécutif.

Cette centralisation s’exerce dans un contexte de fragilité croissante. La quasi-totalité de l’ancien management, en place sous Carlyle, a quitté l’entreprise dès l’annonce du rachat. Or, loin de refléter une simple défiance envers la gestion antérieure, cette purge a ouvert un espace de contrôle que Simba Ngabi semble déterminé à occuper seul. Selon Africa Intelligence, toutes les décisions financières et opérationnelles passent aujourd’hui par lui, dans une organisation où le conseil d’administration ne se réunit qu’une fois par an.

Les conséquences de cette gouvernance concentrée ne sont pas que symboliques. Le mécanisme de commercialisation du brut mis en place depuis la reprise – une vente à la GOC qui revend ensuite à Gunvor – a allongé les délais de paiement à 60 jours, contre 48 heures à l’époque Carlyle. Résultat : une trésorerie sous tension chronique. La situation est d’autant plus délicate qu’Assala fait désormais l’objet d’une perception nationale, incitant des acteurs comme la Société gabonaise de raffinage (Sogara) à retarder leurs règlements. La dette du raffineur national envers Assala s’élèverait à 50 milliards de francs CFA, selon un expert gabonais sous condition d’anonymat.

Sur le plan technique, rien ne justifie une telle impasse. La production globale, estimée lors de la transaction à 45 000 barils/jour, selon les chiffres d’Africa Intelligence, devrait certes baisser de 823 000 barils sur l’année 2025 (–4,91 % selon Africa Intelligence, 20/02/2025), mais Gunvor avait prévu une marge de sécurité : seuls 12 millions de barils/an sont requis pour amortir son prêt, toujours selon le même courrier d’information. Le blocage est donc avant tout institutionnel, voire politique.

En parallèle, aucun des profils gabonais expérimentés disponibles – qu’il s’agisse de Mireille Tokima, Sikudema Wungu ou Charles Chen – n’a été approché pour intégrer les instances de gouvernance. Le maintien du statu quo ne semble pas être le fruit du hasard, mais le résultat d’une stratégie. À la fin de la transition avec Carlyle, Simba Ngabi s’est auto-désigné administrateur directeur général d’Assala Gabon, consolidant sa position sans passer par un processus de nomination transparent.

Ce verrouillage amène à une question essentielle : à qui profite ce vide organisé ? Si l’objectif officiel de la nationalisation était de renforcer la souveraineté énergétique du Gabon, la centralisation actuelle semble surtout taillée pour un homme. Tant que cette configuration perdurera, Assala restera une entité hybride : société d’État sur le papier, outil d’influence personnelle en pratique.

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