Elle est le visage des « Viols de Mazan » : Gisèle Pelicot a fait la une des médias internationaux pendant les trois mois de procès de son mari, accusé de l’avoir droguée, violée et faite violer par des dizaines d’hommes. La sexagénaire, toujours tête haute à son arrivée au tribunal, a décidé à la surprise générale de lever le huis clos sur les audiences qui se sont tenues du 2 septembre au 19 décembre 2024 devant la cour criminelle d’Avignon (Vaucluse).
Lever le huis clos n’a pas seulement affectée la publicité des débats par principe. Cela a aussi permis de mettre un nom sur les 49 co-accusés de Dominique Pelicot… et leurs proches. Femmes, ex-femmes, compagnes, mères, filles… Qui sont ces femmes qui, pendant ces quinze semaines de procès se sont tenues aux côtés des hommes accusés d’avoir violé Gisèle Pelicot et ont témoigné à la barre ?
Six d’entre elles ont accepté de témoigner dans le documentaire Les Femmes de Mazan diffusé sur Téva, jeudi 3 avril à 21 heures. Chacune raconte comment elle a vécu cette affaire Pelicot au rythme des révélations et de la médiatisation sans précédent du procès.
Fille, mère, épouse « de violeur »
Patricia était séparée de son mari quand celui-ci s’est inscrit sur le site Coco.fr, utilisé par Dominique Pelicot pour contacter ses complices. Après la mort de leur fils aîné, ce dernier avait sombré dans la dépression et l’alcoolisme. Il sera accusé de s’être rendu au domicile des Pelicot et d’avoir violé Gisèle préalablement droguée par son mari. Aujourd’hui, et malgré la violences des accusations à son encontre, Patricia a décidé de pardonner son mari.
Comme elle, Nathalie, 54 ans, a pardonné. Son fils est un des plus jeunes accusés. « La
faute à l’éducation sexuelle que je ne lui ai jamais
donnée », dit-elle. Elle s’efforce aujourd’hui d’être présente pour lui et ses trois petites-filles victimes de harcèlement à l’école. Une situation que Coralie connaît aussi : elle est la fille de Patricia et depuis la mise en examen de son père, elle « fille de violeur ». Pourtant, son père « reste (s)on père » et elle ne conçoit pas de couper les ponts avec lui à la veille de son mariage.
Comment prendre du recul sur ces paroles brutes qui peuvent surprendre, voire choquer ? Écrit et réalisé Alyssa Makni et Delphine Welter, le documentaire s’attache à remettre ces témoignages en contexte. Notamment, grâce aux analyses d’avocates de la défense. Parmi elles, Nadia El Bouroumi dont les prises de parole sur les réseaux sociaux ont fait polémique au moment du procès, mais aussi la plus discrète Guilaine Michel. Cette dernière rappelle à quel point ces femmes ont été des victimes collatérales de cette affaire, traitées comme des complices ou des coupables.
Déni et violences
Au-delà d’une remise en contexte nécessaire et pertinente, le documentaire se veut universel et livre une analyse élargie de la situation au rôle de proche d’accusé, de suspect ou de coupable. À ce titre, l’entretien le plus éclairant est sans doute celui de la psychologue Johanna Smith. La praticienne explique de façon pédagogique les mécanismes du déni.
Car certaines femmes refusent encore d’admettre de quoi sont accusés leur époux ou compagnon. C’est le cas de Samia, 44 ans, qui souffre de la situation et se démène pour subvenir aux besoins de son couple ; mais surtout de Fanny, 33 ans, qui a rencontré son conjoint après sa mise en examen dans l’affaire des Viols de Mazan. Pour cette dernière, il n’a rien d’un violeur.
Enfin, deux ex-compagnes, Clara et Lisa décrivent leurs relations passées avec deux des co-accusés de Dominique Pelicot. Violences, emprise, mensonges… Toutes deux racontent comment cette affaire a été un déclic, décrivant finalement le spectre des violences sexistes et sexuelles : des violences qu’elles ont elles-mêmes subies aux viols commis sur Gisèle Pelicot.
Les Femmes de Mazan sera diffusé jeudi 3 avril à 21 heures sur Téva.
Le documentaire « Les Femmes de Mazan » (Téva).
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