Dix millions de morts estimés depuis 30 ans, des restes humains abandonnés dans les rues, des fosses communes, des déplacements massifs de population, la réduction en esclavage sexuel de femmes et d’enfants… La République démocratique du Congo se meurt à cause d’un sol trop riche en minéraux rares indispensables à nos ordinateurs, téléphones portables et voitures.
Ce qu’il faut savoir
Le conflit en République démocratique du Congo est l’un des plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale.
En cause : le sous-sol du pays, extrêmement convoité pour ses minerais indispensables à la fabrication d’appareils tels que les téléphones intelligents.
Le 23 février, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné pour la première fois le Rwanda et exigé son retrait immédiat de la République démocratique du Congo.
« On ne fait pas que pleurer des proches. Souvent, on ne peut même pas les enterrer », nous raconte Prosper Ndjoli en entrevue téléphonique de Kinshasa, la capitale.
Pourquoi ne peut-on pas les enterrer ? « Parce qu’au matin, au réveil, on constate que des villages ont été vidés, que des groupes armés sont entrés dans les maisons, qu’ils ont tué toute la famille. Parfois, les proches ont la chance de tomber sur quelqu’un qui laisse les corps sur place, mais souvent, les victimes sont décapitées et les restes humains, éparpillés. »

PHOTO MICHEL LUNANGA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Un membre du mouvement rebelle M23 monte la garde alors que des personnes embarquent dans un camion lors d’un enrôlement de civils, d’officiers de police et d’anciens membres des forces armées, à Goma, le 23 février.
Le récit que fait ce prêtre aussi professeur de management et leadership est confirmé par l’Organisation des Nations unies (ONU).
Le 21 février, l’ONU sommait « les parties au conflit de traiter les cadavres avec dignité », et dénonçait entre autres « l’enterrement précipité des cadavres dans des fosses communes sur la base de craintes infondées de propagation de maladies ».
Objet de convoitise
Pourquoi la guerre, en République démocratique du Congo ? Une grande partie du coltan, de l’uranium et du tantale de la planète – des minerais essentiels à la fabrication d’appareils électroniques – s’y trouve. C’est dire combien certaines de ses régions sont l’objet de convoitise.
Plusieurs zones minières sont aujourd’hui sous le contrôle du mouvement rebelle M23 qui, avec le soutien de milliers de soldats rwandais selon l’ONU, sème la terreur en s’emparant des ressources stratégiques du pays.
Or, le M23 serait majoritairement composé de Tutsis, dans cette région toujours marquée par les impossibles lendemains du génocide rwandais. Car après 1994, il est estimé qu’un million de Hutus du Rwanda, incluant des génocidaires, ont trouvé refuge dans la partie est de l’actuelle République démocratique du Congo, là où habitaient de nombreux Tutsis. C’est dire combien les tensions ethniques continuent de compliquer le sombre tableau.

PHOTO BENOIT NYEMBA, REUTERS
Le procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan (à droite), à son arrivée à Kinshasa, lundi
Procureur de la Cour pénale internationale, Karim Khan est arrivé en début de semaine à Kinshasa, martelant que le droit international humanitaire devait être respecté.
[Les populations de RDC] sont aussi précieuses que celles d’Ukraine, d’Israël ou de Palestine, que les filles et femmes d’Afghanistan.
Karim Khan, procureur de la Cour pénale internationale
Réactions tardives
Le 23 février, le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné pour la première fois le Rwanda et exigé son retrait immédiat de la République démocratique du Congo.
Les capitales du monde, très prises par l’Ukraine, Gaza et Israël, et tout ce qui entoure la présidence de Donald Trump, commencent à réagir face au Rwanda.
Mardi, le gouvernement britannique a finalement annoncé la suspension de la majorité de ses aides financières au Rwanda.

PHOTO LUIS TATO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE
Enterrement de masse pour des victimes d’affrontements dans l’est de la République démocratique du Congo, au cimetière de Musigiko, à Bukavu, le 20 février
Les récentes offensives du M23 et la prise de Goma et de Bukavu constituent une violation inacceptable de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo, a déclaré le bureau des Affaires étrangères.
Départ précipité
Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Marie Hatem était en République démocratique du Congo, à la mi-janvier, dans le cadre d’un projet qu’elle mène dans le sud du pays, à Bukavu.
Elle a dû partir précipitamment quand sa sécurité et celle de son équipe ont été compromises durant la chute de Goma, les rumeurs voulant que Bukavu, la ville où elle séjournait, soit la prochaine cible.
« On a dû traverser à pied les frontières congolaise puis rwandaise, puis faire sept heures de route en taxi jusqu’à Kigali. »
Le cœur en miettes, elle a laissé derrière elle ses collègues congolais qui, eux, n’ont pas « ce privilège d’Occidentale » de pouvoir partir afin de se mettre en sécurité.
En tant que citoyens canadiens, notre sécurité est comme un dû. Mais pas pour eux. Ce sentiment d’avoir abandonné mes collègues m’a hantée durant tout le voyage.
Marie Hatem, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal
De Montréal, avec un groupe de citoyens (notamment des professeurs d’université d’ici, de France et de Belgique), Mme Hatem tente d’« éveiller les consciences » et de militer pour la paix en République démocratique du Congo.
Un colonialisme qui doit cesser
À la mi-février, l’eurodéputé Marc Botenga a livré un vibrant plaidoyer au Parlement européen pour que cesse la livraison d’armes au Rwanda.
« Le Rwanda envahit [la République démocratique du Congo] et nous, Union européenne, on envoie encore des armes au Rwanda ? Le Rwanda vole les ressources congolaises et nous, on fait un accord avec le Rwanda pour acheter ces matières premières volées ? […] En d’autres mots, l’Europe se trouve du côté de l’agresseur. Et tout ça pour les profits des multinationales, sur le corps des Congolais. »
Ce colonialisme doit cesser, a-t-il martelé.
« On l’a vu avec l’or au Mali, on l’a vu au Niger avec l’uranium. On l’a vu en Libye avec le gaz et le pétrole. C’est toujours la même chanson du pillage. »
En République démocratique du Congo, les jeunes n’ont aucun espoir, résume le professeur Prosper Ndjoli. « Tout le monde veut fuir. »
Pas vous, qui avez pourtant vos entrées en Occident, y compris au Québec ? « C’est mon pays, répond-il. On ne quitte pas sa maison quand elle brûle. On cherche à éteindre le feu. »
Avec l’Agence France-Presse
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