Dakar n’en a pas fini de payer les conséquences du tripatouillage des comptes de l’Etat sous l’ancien régime. Dans une note du 28 mars dernier, l’assureur-crédit Allianz Trade a dégradé la note risque pays du Sénégal, passée de C2 à C3 du fait d’une aggravation de 25 % du ratio dette/PIB, conséquence d’une dette non déclarée entre 2019 et 2024, justifie le premier groupe européen d’assurance-crédit
L’annonce de l’insincérité des comptes publics a été un choc pour l’arrangement en cours avec le FMI, car elle modifie le chemin fiscal convenu, relèvent les analystes d’Allianz Trade. Selon de nouvelles estimations, le déficit budgétaire s’élevait à 11 % du PIB en 2024, au lieu des 5,5 % affichés. Résultat, une renégociation avec le FMI est en cours. Le nouveau ministre des Finances a assuré aux créanciers internationaux que le nouveau gouvernement travaillera à ramener le déficit budgétaire à 3 % d’ici 2027.
La composition de la dette publique et privée ainsi que la tendance d’emprunt indiquent une détérioration de la liquidité à moyen terme, les débiteurs du Sénégal devant désormais plus de 15 % du PIB à des créanciers privés et à des gouvernements étrangers sur une base bilatérale. Le montant correspondant était inférieur à 5 % du PIB en 2013. La dette publique en proportion du PIB a doublé en plus d’une décennie, passant de 37 % en 2013 à une estimation de 84,3 % en 2024. Étant donné l’augmentation des revenus liés aux hydrocarbures, la dette devrait commencer à diminuer en 2025.
Au passage, Allianz Trade décrypte les points faibles de l’économie sénégalaise.
Le pays dépend fortement des importations de nourriture et de pétrole brut et est donc exposé aux évolutions des prix internationaux des matières premières. La volatilité des prix d’importation, associée à des conditions météorologiques défavorables, a préservé un déficit commercial structurel pendant longtemps. En 2024, le trou du compte courant était estimé à -12,7 % du PIB et devrait s’améliorer à -8,3 % en 2025. L’amélioration devrait se poursuivre à mesure que les revenus pétroliers et gaziers commencent à entrer dans les caisses de l’Etat.
Les perspectives de croissance sont devenues de plus en plus vulnérables aux effets climatiques, par exemple sur la production agricole, et à la facture d’importation, car le Sénégal reste un gros importateur de produits alimentaires.
Crédit: Lien source