(Nairobi) Le Soudan du Sud connaît sa pire épidémie de choléra en 20 ans avec plus de 40 000 cas et près de 700 morts en près de six mois, a annoncé lundi l’UNICEF, alors que les affrontements dans le nord-est entravent l’accès aux soins.
Le plus jeune État de la planète en proie à l’instabilité depuis son indépendance du Soudan en 2011 avait déclaré une épidémie en octobre 2024.
Ces dernières semaines, les affrontements armés en cours dans l’État du Haut-Nil (Nord-Est) ont restreint l’accès aux soins et aggravé l’épidémie, a également averti Médecins sans frontières (MSF).
« Du 28 septembre 2024 au 18 mars 2025, plus de 40 000 cas ont été signalés au Soudan du Sud, dont 694 morts dans tout le pays, soit sa pire épidémie depuis 20 ans, » a déclaré dans un communiqué le fonds des Nations unies pour l’enfance.
La moitié des cas sont des enfants de moins de 15 ans, précise l’UNICEF.
« C’est la pire épidémie [de choléra] que le Soudan du Sud ait subie depuis qu’il est indépendant », a également commenté Verity Rushton, coordinatrice de l’UNICEF, jointe à Juba par l’AFP.
La maladie est désormais présente dans neuf des dix États du pays, avec une majorité de cas dans celui de Jonglei, voisin de l’État du Haut-Nil, a-t-elle ajouté.
Le comté de Nasir, dans le Haut-Nil, est depuis des semaines le théâtre de combats, notamment entre les forces fédérales loyales au président Salva Kiir et une « Armée blanche », milice accusée par le pouvoir de collaborer avec le premier vice-président Riek Machar, un ancien rebelle.
Les violences ont déplacé 50 000 personnes depuis fin février, avait déclaré la semaine dernière le Bureau onusien de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
L’ONU avait le même jour averti que le pays était « au bord d’une rechute dans la guerre civile ».
« Alors que les populations fuient pour se mettre à l’abri, le choléra se propage rapidement, faisant des victimes et aggravant la crise humanitaire, » a souligné MSF dans un communiqué.
« Avec la propagation rapide du choléra et la persistance des violences, les besoins en soins médicaux dans l’État du Haut-Nil sont plus critiques que jamais », y souligne Zakaria Mwatia, chef de mission de MSF dans le pays.
Le choléra est une infection intestinale aiguë qui se propage par la nourriture et l’eau contaminées par la bactérie Vibrio cholerae, souvent d’origine fécale.
Il provoque une diarrhée sévère, des vomissements et des crampes musculaires et peut tuer en quelques heures s’il n’est pas traité, même s’il peut être soigné par une simple réhydratation orale, et des antibiotiques pour les cas plus graves.
Selon les chiffres de l’UNICEF, plus de 178 000 cas de choléra ont été confirmés dans 16 pays d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe entre janvier 2024 et mars 2025.
Près de 2900 personnes sont mortes, parmi lesquelles de nombreux enfants, a alerté l’organisation.
L’Angola, qui connaît également une grave épidémie, a signalé plus de 7500 cas et 294 morts entre le 7 janvier et le 18 mars cette année, a-t-elle aussi indiqué.
Au Soudan, 15 000 familles déplacées en 48 heures à la suite d’affrontements dans le nord du Darfour
L’agence des Nations unies pour les migrations a indiqué lundi que quelque 15 000 familles avaient été déplacées en 48 heures à la suite d’affrontements dans la ville d’Al-Malha, dans le nord du Darfour, une région du Soudan en guerre.
De jeudi à vendredi, les combats entre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et l’armée épaulée par ses alliés ont contraint ces familles à fuir « principalement vers d’autres lieux » de la même zone, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Depuis avril 2023, le Soudan est le théâtre d’une guerre pour le pouvoir entre les paramilitaires des FSR dirigés par le général Mohamed Hamdane Daglo, et l’armée menée par le général Abdel Fattah al-Burhane.
Les combats ont fait des dizaines de milliers de morts, déraciné plus de 12 millions de personnes et provoqué l’une des plus grandes crises de faim et de déplacement au monde.
Le conflit a divisé le pays en deux, l’armée contrôlant le nord et l’est du pays, et les FSR la quasi-totalité du Darfour (Ouest) et certaines parties du sud.
Al-Malha est l’une des villes les plus septentrionales du vaste désert entre le Soudan et la Libye, où l’armée épaulée par ses alliés et les FSR mènent depuis des mois des opérations croisées.
Selon des sources locales, c’est également un point clé d’une route désertique reliant le Nord-Darfour au nord du pays contrôlé par l’armée.
Début mars, l’OIM avait annoncé que près de 400 000 Soudanais étaient rentrés chez eux « dans les zones reprises par l’armée aux paramilitaires ».
Agence France-Presse
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