Sénégal : la CFE-CGC interpelle Orange sur la loi anti-LGBT+ – Africtelegraph

La démarche du syndicat CFE-CGC place le groupe Orange devant une équation délicate au Sénégal. Dans un courrier recommandé transmis à la direction générale, l’organisation représentative des cadres demande à l’opérateur français des engagements précis concernant la protection de ses collaborateurs implantés à Dakar, alors que le Parlement sénégalais examine un durcissement de la législation visant les personnes LGBT+. La filiale locale, Sonatel, dont Orange est l’actionnaire de référence, emploie plusieurs milliers de salariés et constitue l’une des vitrines économiques du groupe en Afrique de l’Ouest.

Le texte législatif en discussion alourdirait sensiblement les peines existantes et étendrait le champ des infractions. Pour le syndicat, cette évolution juridique soulève une question de responsabilité d’employeur que la maison mère ne peut éluder. La CFE-CGC évoque explicitement le devoir de vigilance qui pèse sur les multinationales françaises depuis la loi de 2017, et qui couvre les risques portant atteinte aux droits humains et aux libertés fondamentales des salariés, qu’ils soient détachés ou recrutés localement.

Une interpellation syndicale sur le devoir de vigilance

Dans sa correspondance, l’organisation syndicale réclame des réponses opérationnelles. Elle souhaite savoir comment Orange compte sécuriser le quotidien professionnel et personnel de ses équipes si la loi venait à être promulguée, en particulier pour les collaborateurs susceptibles d’être visés en raison de leur orientation sexuelle, réelle ou supposée. Le syndicat s’inquiète également du sort des cadres expatriés, dont certains sont accompagnés de leur conjoint, ainsi que des missions ponctuelles effectuées par des salariés du siège parisien vers Dakar.

La CFE-CGC interroge par ailleurs la doctrine du groupe en matière de mobilité internationale. Faut-il maintenir des affectations dans un pays où le cadre légal pourrait criminaliser certains aspects de la vie privée des employés ? Quelles procédures d’évacuation sanitaire ou judiciaire sont prévues en cas d’incident ? Le syndicat demande qu’une cartographie des risques soit présentée au comité social et économique, conformément aux obligations d’information-consultation des instances représentatives du personnel.

Orange entre marché stratégique et pression réputationnelle

Le Sénégal demeure un marché central pour le groupe dirigé par Christel Heydemann. Sonatel, leader des télécommunications dans le pays, contribue significativement aux résultats de la zone Afrique et Moyen-Orient, qui pèse plus du quart du chiffre d’affaires consolidé d’Orange. La filiale opère également au Mali, en Guinée, en Guinée-Bissau et en Sierra Leone, ce qui confère à Dakar le statut de hub régional. Tout repositionnement opérationnel aurait donc des conséquences économiques tangibles.

Reste que la pression sociétale sur les multinationales s’est intensifiée. Plusieurs entreprises françaises du CAC 40 ont déjà été contraintes de revoir leur politique de mobilité dans des juridictions adoptant des législations restrictives à l’égard des minorités. Pour Orange, qui revendique une politique active en matière de diversité et d’inclusion, le sujet touche directement à la cohérence de son discours corporate. Un silence prolongé exposerait l’opérateur à des critiques d’investisseurs attentifs aux critères ESG, notamment les fonds anglo-saxons et nord-européens présents au capital.

Un précédent qui pourrait inspirer d’autres groupes

L’initiative de la CFE-CGC pourrait faire école au sein des grandes entreprises françaises présentes en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Plusieurs pays de la région examinent ou ont récemment durci leur arsenal pénal sur les questions de mœurs, à l’image de l’Ouganda ou du Ghana, créant un précédent normatif que les juristes d’entreprise suivent avec attention. TotalEnergies, Bolloré Logistics, Eramet ou encore les filiales bancaires de Société Générale et BNP Paribas pourraient être confrontées à des interpellations similaires de leurs partenaires sociaux.

La direction d’Orange n’a pas encore communiqué publiquement sur la lettre du syndicat. Le groupe s’est borné, jusqu’ici, à rappeler son attachement aux droits humains et à l’égalité de traitement de ses collaborateurs. Une réponse circonstanciée est toutefois attendue par les représentants du personnel, qui pourraient saisir, à défaut, l’instance de dialogue social européenne. Selon PressAfrik, le courrier de la CFE-CGC souligne expressément que la sécurité des salariés ne peut être subordonnée aux impératifs commerciaux du groupe.

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