« SOS pour nos 350 000 compatriotes en situation délicate aux États-Unis »

Trois cent cinquante mille vies humaines ne sont ni une simple statistique, ni une variable d’ajustement. Pour n’importe quelle nation souveraine, un tel chiffre représenterait une priorité absolue d’État. Dans des puissances comme les États-Unis, la mise en péril d’un seul citoyen à l’étranger mobilise immédiatement tout l’appareil gouvernemental. Cette protection sans faille impose le respect du monde entier et garantit la sécurité de leurs expatriés.

Pendant ce temps, les Haïtiens subissent l’humiliation au quotidien, qu’il s’agisse des expulsions violentes en République dominicaine ou de l’insécurité juridique permanente imposée aux ressortissants installés aux États-Unis. Face à cette détresse, le silence des autorités haïtiennes n’est pas une simple réserve diplomatique: une forme extrême de retenue, de tact ou de prudence verbale, c’est une complicité tacite.

Par voie de conséquence :

La population interprète l’inaction comme un accord secret. L’État perd sa crédibilité lorsqu’il ne défend pas les victimes.

Les auteurs d’infractions profitent de ce vide pour continuer.

Il est urgent de rappeler une vérité fondamentale au gouvernement américain et à l’opinion internationale : les Haïtiens bénéficiaires du TPS et du programme de Libération Conditionnelle Humanitaire (programme Biden) ne sont pas des clandestins.

Ces femmes et ces hommes ont fait le choix de la procédure légale en remplissant toutes les conditions exigées par les autorités de l’immigration, bien que les démarches exigeaient des efforts financiers et logistiques importants.

Pour réunir les liquidités nécessaires aux démarches, aux frais et au transport, les familles vendent leurs terres et leurs animaux, se coupant définitivement de leurs moyens de subsistance locaux.

Une fois les biens liquidés et le voyage entamé, la réalité de la route et les barrières frontalières transforment le projet migratoire en une précarité extrême, loin de la stabilité promise.

Aujourd’hui, ces citoyens paisibles se retrouvent menacés d’expulsion, piégés comme des cobayes dans une bataille géopolitique et électorale opposant les factions politiques américaines. Comment peut-on inviter des gens à entrer légalement sur un territoire pour ensuite tenter de les chasser comme des criminels, sans qu’ils n’aient commis la moindre infraction ?

Un gouvernement ne peut pas prétendre diriger un pays tout en laissant ses enfants se faire piétiner à l’extérieur. Si la transition politique actuelle bénéficie de l’appui et de la protection de Washington, le gouvernement haïtien a le devoir moral et politique d’exiger que cette même protection soit étendue aux Haïtiens vivant sur le sol américain.

Le Ministère des Affaires Étrangères et son réseau diplomatique doivent immédiatement sortir de leur léthargie :

Engager des offensives juridiques et mener un plaidoyer de haut niveau auprès du Congrès américain (notamment via le Congressional Black Caucus), d’autres élus sensibles à la cause haïtienne et des tribunaux fédéraux.

Porter la voix d’Haïti devant l’OEA et l’ONU pour dénoncer le risque de crise humanitaire majeure qu’entraîneraient des déportations massives.

Lorsque des relations bilatérales se détériorent, rester les bras croisés est une faute. Haïti doit faire sentir qu’elle connaît les principes du droit international et qu’elle est capable de répondre avec fermeté et dignité, même face à un partenaire plus puissant.

La dignité d’une nation se mesure à la manière dont elle défend ses ressortissants. Il est temps que l’État haïtien se lève, parle d’une seule voix et exige pour ses citoyens le respect qu’ils ont dignement mérité.

Dr Evallière Beauplan

Coordonnateur du MOLHA

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