(Juba) L’opposition sud-soudanaise a dénoncé des frappes sur une de ses bases militaires près de la capitale Juba, le spectre de la guerre semblant se rapprocher toujours plus de ce pays pauvre et instable d’Afrique malgré un appel au dialogue des États-Unis.
Si l’armée, loyale au président Salva Kiir, n’a pas encore confirmé de frappes, le parti d’opposition SPLM-IO du vice-président Riek Machar a déploré l’attaque lundi soir de son cantonnement de Wunaliet, à environ 15 km de la capitale Juba, qu’il a qualifiée de « provocation » constituant « une violation de l’accord de paix de 2018 ».
Des médias locaux ont rapporté des « bombardements intensifs ».
Ces frappes aux portes de la capitale paraissent constituer le point d’orgue de plusieurs semaines d’affrontements entre les forces soutenant les deux hommes, dont l’opposition entre 2013 et 2018 avait plongé le Soudan du Sud dans une guerre civile sanglante ayant fait près de 400 000 morts et quatre millions de déplacés.
L’accord de paix de 2018 avait acté un partage des pouvoirs, dont de nombreuses modalités n’ont pas été mises en œuvre. Ce texte était déjà menacé par un regain de tensions dans le nord-est du pays.
Lul Ruai Koang, porte-parole de l’armée pro-Kiir, a de son côté averti que des forces pro-Machar « intensifiaient leurs mouvements » près de Juba et avaient dépêché une patrouille vers des positions de l’armée « clairement en formation militaire ».
MM. Kiir et Machar « doivent engager un dialogue direct pour endiguer l’escalade de la violence », a affirmé lundi le département d’État américain, qualifiant les attaques des deux camps « d’extrêmement préoccupantes ».
« Pas un rat »
Dans une lettre rendue publique mardi, Riek Machar a également dénoncé « la présence, le déploiement et l’intervention » de troupes ougandaises dans son pays, le plus jeune État de la planète.
L’intervention de Kampala constitue « une grave violation » de l’accord de 2018, a martelé M. Machar dans une lettre datée du 23 mars adressée aux chefs de l’ONU, du Conseil de paix et sécurité l’Union africaine de l’Igad, un bloc d’États d’Afrique de l’Est.
Le vice-président a appelé ces instances à intervenir et exiger le retrait des troupes ougandaises, qu’il accuse également d’avoir des frappes contre des civils dans plusieurs comtés de l’État du Haut-Nil et dans l’État du Jonglei.
Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées ougandaises (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni, avait annoncé il y a deux semaines avoir déployé des forces en soutien au président Salva Kiir.
Les SPLA-IO, branche armée du SPLM-IO de Machar, sont « sur le point d’être anéanties. Notre armée de l’air fait un excellent travail », s’est félicité sur X le colonel, réputé pour ses publications incendiaires.
Avant d’ajouter qu’ils devaient se rendre « au plus vite ». « Sinon, pas un rat ne survivra en pays Nuer », un fief de Riek Machar, a-t-il menacé.
« Hautement inflammable »
Le comté de Nasir, dans le Haut-Nil, est depuis des semaines le théâtre de combats, notamment entre les forces fédérales loyales au président Salva Kiir et une « Armée blanche », milice accusée par le pouvoir de collaborer avec le premier vice-président Riek Machar, un ancien rebelle.
Le chef de la mission de l’ONU au Soudan du Sud (MINUSS) Nicholas Haysom a dénoncé lundi les attaques indiscriminées contre les civils, en particulier des bombardements aériens avec des engins qui contiendraient un liquide « hautement inflammable ».
« Ces attaques aveugles contre les civils causent de lourdes pertes et de terribles blessures, notamment des brûlures », a-t-il déclaré, soulignant qu’environ 63 000 personnes ont été déplacées.
Le pays est « au bord d’une rechute dans la guerre civile », a-t-il ajouté.
L’UNICEF a annoncé le même jour que le pays connaissait sa pire épidémie de choléra en 20 ans avec plus de 40 000 cas et près de 700 morts en près de six mois.
Selon des analystes, le président Kiir aurait pris des mesures ces derniers mois pour écarter Machar, en promouvant de nouveaux membres au sein du cabinet sans consultation, alors que l’homme de 73 ans prépare sa succession.
Le parti de Machar a également dénoncé mardi l’arrestation et la « détention arbitraire » lundi de plusieurs de ses cadres de l’État de Lakes, au centre du pays.
Crédit: Lien source