Soudan : la violence sexuelle utilisée comme arme de terreur contre les femmes et les filles

Près de deux ans se sont écoulés depuis le début de la guerre brutale entre les forces du gouvernement militaire de Khartoum et les paramilitaires des Forces de soutien rapide, déclenchant l’une des pires crises humanitaires au monde.

Des violations des droits humains ont été commises des deux côtés et plus de 30,4 millions de Soudanais ont besoin d’une aide d’urgence, des millions d’autres étant déplacés et des dizaines de milliers tués. Près de 25 millions de personnes souffrent de faim aiguë.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), les signalements de violences sexuelles visant à terroriser les civils se multiplient et sont alarmants.

L’histoire de Layla

Fin 2024, des hommes armés ont fait irruption au domicile de Layla* à Khartoum, la capitale du Soudan, alors qu’elle était seule avec ses enfants.

« Ils ont arrêté mon fils et m’ont emmenée dans une voiture séparée. J’ai remarqué qu’ils regardaient ma fille d’un air inquiétant – elle a 18 ans. Ils m’ont probablement emmenée pour la garder seule », a-t-elle déclaré à l’UNFPA.

Les craintes de Layla pour sa fille étaient annonciatrices de ce qu’elle allait affronter plus tard dans une prison surpeuplée, où elle fut détenue pendant près de trois semaines.

Une femme, qui a fui le conflit au Soudan, lave des vêtements.

« Des horreurs inimaginables »

Racontant qu’ils ont ramené son fils et commencé à le frapper devant elle, Layla a ajouté qu’ils l’ont interrogée, l’ont accusée d’être une espionne et ont prétendu que son mari travaillait pour l’armée.

Bien que l’armée soudanaise ait récemment repris des zones stratégiques de Khartoum, les forces paramilitaires de l’opposition contrôlaient à l’époque la situation. Layla a décrit avoir été fouillée à nu, battue et détenue sans inculpation.

« J’ai été témoin d’horreurs inimaginables », a-t-elle déclaré. « Quand les officiers sont partis, les soldats ont commencé à violer les prisonnières. Ils emmenaient les jeunes femmes dans la cour, et toute la nuit, nous entendions les cris des filles et des femmes ».

On estime que plus de 12 millions de femmes et de filles – et de plus en plus d’hommes et de garçons – risquent d’être agressées, soit une augmentation de 80 % par rapport à l’année précédente.

Une crise sanitaire croissante

Depuis le début de la guerre en avril 2023, la situation s’est considérablement aggravée, avec près de 13 millions de personnes déplacées de force – soit près d’un tiers de la population – et un système de santé quasiment anéanti.

Au Soudan, l’UNFPA fournit des services de santé et de protection reproductives par l’intermédiaire de 90 équipes de santé mobiles, de plus de 120 établissements de santé et de 51 espaces sécurisés pour les victimes de violences sexuelles.

Cette assistance comprend un traitement clinique et un accompagnement psychologique après un viol, des abus sexuels et des agressions, ainsi que l’orientation vers une assistance juridique et la sensibilisation des communautés aux risques de violence sexuelle, de coercition et de traite.

Dans un espace sécurisé soutenu par l’UNFPA, Layla a expliqué comment elle a dû endurer cette épreuve en prison. « Un jour, une jeune fille de 16 ans a été ramenée en cellule, saignant abondamment », se souvient-elle. « Elle est venue vers moi, m’a serrée dans ses bras et nous avons pleuré ensemble pendant une journée entière. » Après neuf jours de prison, Layla a cessé de manger et de boire, espérant mourir plutôt que d’être violée à son tour. Tombée gravement malade, Layla a été libérée.

Bien que Layla et la jeune survivante aient pu bénéficier d’un soutien physique et mental grâce à l’espace sécurisé, elles ne font pas partie de la majorité.

Selon l’UNFPA, plus de 540 attaques contre des établissements de santé ont été signalées au cours des deux dernières années ; les fournitures et le matériel sont fréquemment pillés, et les soignants, les patients et les ambulances sont la cible de violences et d’intimidations.

L’UNFPA fournit des services de santé et de protection reproductives dans des dizaines d’endroits au Soudan.

L’UNFPA fournit des services de santé et de protection reproductives dans des dizaines d’endroits au Soudan.

« Ce ne sont plus des refuges »

Maha Mahmoud, assistante sociale dans un espace sécurisé soutenu par l’UNFPA à Dongola, dans l’État du Nord, a déclaré que les établissements de santé ne sont plus des refuges.

« J’ai été informée qu’une jeune femme avait été violée dans une maternité », a-t-elle déclaré à l’UNFPA. « Elle a 18 ans, est divorcée et a une fille. Elle vivait avec sa famille lorsque les forces d’opposition sont entrées dans sa zone. Elles l’ont emmenée, ainsi que de nombreuses autres femmes, et les ont violées. » Elle a perdu connaissance. À son réveil, elle s’est retrouvée entourée d’autres filles, toutes violées. Elles ont ensuite été abandonnées dans la rue.

La femme a découvert plus tard qu’elle était enceinte. « Elle s’est rendue à l’espace sécurisé, où nous lui avons apporté un soutien psychologique et tous les soins médicaux nécessaires », a expliqué Mme Mahmoud, ajoutant que la femme et son bébé se rétablissent lentement. « Depuis, nous continuons à l’aider à surmonter son traumatisme ».

Appel urgent

L’UNFPAa besoin 119,6 millions de dollars pour son action au Soudan et 26 millions de dollars supplémentaires pour aider les réfugiés dans le pays. Les programmes de santé sexuelle et reproductive et les espaces sécurisés de l’UNFPA fonctionnent grâce à des financements du Canada, de l’Union européenne, du Japon, de la Norvège et de la Suède.

Pourtant, les coupes budgétaires sans précédent opérées par de nombreux donateurs de premier plan mettent en péril la santé et la vie de centaines de milliers de femmes et de filles.

Les États-Unis ont été un soutien crucial pour le peuple soudanais, mais les récentes coupes budgétaires priveront quelque 250.000 femmes de services de santé reproductive.

La formation des travailleurs médicaux de première ligne a également été interrompue et 10.000 femmes perdront l’accès à des espaces sûrs qui leur offrent un soutien médical, juridique et psychosocial.

* Nom modifié pour des raisons de confidentialité et de protection.

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