Tiani et Bazoum, deux présidents pour un Niger ?


  • Damien Glez


    Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Publié le 27 mars 2025

Lecture : 2 minutes.

Vingt mois après son coup d’État contre celui dont il était le chef de la garde présidentielle, le général Abdourahamane Tiani vient d’être investi chef d’État du Niger, le 26 mars, au Centre international des conférences Mahatma-Gandhi de Niamey. C’est une avalanche d’honneurs qui a dévalé sur la poitrine du militaire, la remise de la grand-croix et du grand collier du président de la République ayant été suivi d’une promotion au rang de général d’armée. La mise en scène solennelle de cette investiture est apparue comme la cerise sur le gâteau d’assises nationales tenues fin février.

Niger : le général Tiani au pouvoir au moins pour les cinq prochaines années

Au jeu du trompe-l’œil républicain auto-autorisé par une situation qualifiée de « guerre », les auteurs contemporains de coups d’État tentent généralement d’obtenir une reconduction partielle des textes réglementaires chahutés et la légitimité d’une vacance de pouvoir issue d’une démission plus ou moins forcée du déchu. Cette fois, pourtant, même sous la pression d’une privation de liberté, Mohamed Bazoum refuse toujours de reconnaître sa chute et surtout de démissionner. Pour ses partisans, celui qui fut élu en 2021, pour un quinquennat, reste donc constitutionnellement le chef de l’État du Niger.


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Mandat absolu et renouvelable

Certes, la dénonciation d’une bicéphalité théorique de la présidence du Niger sera balayée, le temps qu’il faudra, par les aficionados du général d’armée, à grand renfort de délégitimation des observateurs légalistes jugés complices d’un complot occidental impérialiste et mus par des considérations acculturées. Les militaires sahéliens au pouvoir, qui affirment être portés par des aspirations populaires irrépressibles, considèrent avoir coché l’esprit, sinon la lettre, du mot « démocratie ». Gênée aux entournures, une certaine encyclopédie collaborative peu encline aux débats constitutionnels se contente de décrire Abdourahamane Tiani comme le président « de facto » du Niger.

Or cette présidence qui s’annonce semble relever d’un pouvoir absolu. Sur la question du terme, synonyme de perspective de redevabilité, le mandat présidentiel de cinq ans est défini comme « renouvelable » par une charte de la refondation qui ne soumet cette éventuelle « renouvelabilité » à aucune perspective électorale, ni législative ni présidentielle.

Sécurité dans la souveraineté

D’ici à 2030 et potentiellement au-delà, l’architecture politique sera calibrée sous contrôle militaire, la dissolution de tous les partis politiques ayant été actée. Libéré d’institutions indépendantes et d’une opposition désormais sans cadre légal, le pouvoir nigérien semble donc parfaitement verrouillé par des hommes en treillis qui ont pourtant construit leur carrière sous les arcanes de la démocratie naissante.

Libération de Mohamed Bazoum : une délégation du Qatar à Niamey pour discuter avec le général Tiani

Même officiellement inspirés par la « volonté populaire », les sacrifices demandés aux citoyens sont toujours justifiés par la quête de sécurité d’un pays en lutte contre les groupes jihadistes. Peut-être pour préparer un avenir où le terrorisme s’essoufflerait trop tôt ou trop peu, le renforcement permanent des capacités militaires est intégré dans un discours plus large sur la restauration d’une souveraineté nationale affranchie des influences occidentales. De quoi nourrir des éléments de langage au-delà de cinq ans.


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