Longtemps privé d’accès à l’électricité, le village de Gotali, situé le long de la RN1, s’apprête à tourner une page décisive de son histoire. D’ici fin avril, les branchements seront finalisés et les premiers foyers connectés au réseau, mettant un terme à des années d’attente.
Gotali, entre les cases traditionnelles et la végétation luxuriante bordant la route nationale, l’arrivée prochaine de l’électricité est vécue comme un tournant. Le village Saramaka, qui comptait autrefois jusqu’à 300 habitants et en accueille aujourd’hui environ 150, bénéficiera dans les semaines à venir d’un accès durable à l’énergie. Une évolution attendue de longue date, et perçue par les habitants comme une véritable libération.
Ça fait 25 ans que je vis ici avec une lampe à pétrole et des batteries qu’il fallait charger en ville. On organisait les devoirs des enfants en fonction du soleil. Quand ils rentraient de l’école, on se dépêchait de tout faire avant la nuit. Aujourd’hui, on pourra vivre autrement.
raconte Fania, mère de trois enfants.
Le projet d’électrification, d’un coût estimé à 300 000 euros, s’inscrit dans une stratégie portée par la municipalité de Mana : revitaliser les zones dites d’« écarts », souvent oubliées des réseaux structurants. « Notre vision, c’est d’aller là où les gens vivent, pas seulement de renforcer les centres-bourgs », souligne Albéric Benth le président du syndicat mixte d’énergie de Guyane, également maire de la ville de Mana. C’est ce syndicat, le SMEGUY, qui a repris la compétence transférée par la CCOG pour mener à bien ce chantier.
La promesse d’une mise en service avant les fêtes de fin d’année 2024 n’a pu être tenue, mais l’objectif reste proche. Selon les dernières estimations, les travaux seront terminés d’ici la fin du mois d’avril. EDF prendra ensuite le relais pour les branchements individuels, à condition que les foyers soient conformes aux normes en vigueur.
Pour Joseph, 17 ans de vie à Gotali, cette annonce marque un tournant. « J’ai toujours gardé un petit panneau solaire pour mon téléphone et un vieux congélateur qui ne tenait jamais la nuit. Le jour où j’ai pu allumer une ampoule dans ma cuisine avec un groupe électrogène, j’ai pleuré de joie. Mais là, ce sera du vrai courant, stable, pour tout le village. »
Gotali n’est pas un cas isolé. Environ 35 % de la population de Mana n’a toujours pas accès à l’électricité. Une situation que l’élu local juge « inacceptable » pour une commune française en 2025. « Aucune autre région de France ne tolérerait qu’un tiers de ses habitants vive sans énergie », rappelle-t-il. Si plusieurs routes départementales ont déjà été couvertes (RD8, RD9, RD10, RD22), il reste encore près de 30 kilomètres à électrifier le long de la RN1, notamment entre Organabo et Prosperité.
Ce chantier revêt une importance particulière dans un territoire où le maintien des populations dans les villages est une priorité.
Il n’est pas viable, socialement, de concentrer tous les habitants dans les bourgs. Pour élever une famille dans de bonnes conditions, il faut pouvoir vivre dignement là où l’on est né
insiste le maire Albéric Benth.
L’électrification de Gotali n’est donc pas seulement un raccordement au réseau : c’est une avancée vers l’égalité d’accès aux services essentiels, dans un territoire où de nombreuses familles vivent encore à l’écart des infrastructures de base. Pour ces habitants, l’arrivée de la lumière n’est pas un luxe c’est un droit longtemps attendu.
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