Publié le 25 février 2025
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Si les coupes à la tronçonneuse entreprises par Elon Musk dans les financements américains chagrinent les responsables de nombreux pays du Sud bénéficiant notamment des fonds de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USaid), les autorités maliennes ajoutent une dimension inattendue au débat. Bamako ne surligne pas seulement la suppression annoncée d’une subvention, mais aussi le fait que ladite somme ne serait pas parvenue au Mali, à l’époque où elle n’était pas censée être suspendue.

Le 15 février dernier, le Département de l’efficacité gouvernementale (Doge) des États-Unis révélait publiquement l’annulation d’un financement public de 14 millions de dollars – environ 8,7 milliards de francs CFA –, subvention officiellement destinée à soutenir la cohésion sociale dans le pays sahélien. Bras armé de Donald Trump dans les rouages de l’administration américaine, Elon Musk avait clairement fait savoir qu’à l’échelle de la planète, son pays d’accueil n’avait plus vocation à régler tous les problèmes de vivre-ensemble ou d’inclusion. Sauf que Bamako présente les 14 millions de dollars évoqués comme une aide des plus fantômes.
Subvention fictive ?
Dans un communiqué daté du 24 février, c’est un ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale « surpris » et « indigné » qui affirme que, depuis deux ans, Bamako refusait de signer l’Accord quinquennal de subvention d’objectif de développement avec les États-Unis. Cela fait donc deux années qu’il ne devrait plus être question de ce soutien à la cohésion sociale aujourd’hui dans le viseur de Musk. Quel sens peut avoir l’annonce de l’administration américaine de prendre ses distances avec un pays qui les avait déjà lui-même prises ?
Bug organisationnel ou lenteur de la mise à jour de données budgétisées ? Avec le refus de la langue de bois qu’elle affirme désormais assumer, la junte malienne n’hésite pas à évoquer des détournements de sommes destinées au développement du pays, « à des fins subversives et contraires aux besoins essentiels des populations ». Et le ministère des Affaires étrangères malien d’appeler Washington à engager des poursuites judiciaires contre les responsables de ces pratiques. À trop vouloir s’ingérer dans la politique d’États étrangers, Elon Musk va découvrir que des États étrangers peuvent s’ingérer dans la politique américaine…
Touche pas à mon souverainisme !
En attendant que la campagne d’assainissement annoncée par le Doge américain éclaire sur le décaissement éventuel et l’usage formel de ces sommes, ces deux dernières années, Bamako a trouvé une nouvelle accroche pour son discours néosouverainiste. Le gouvernement malien rappelle que la volonté des militaires de snober certains fonds américains s’explique par le besoin de contrecarrer une « tentative d’instrumentalisation de l’aide publique pour affaiblir la souveraineté des États africains ».

Le communiqué de l’État malien affirme que l’aide publique occidentale pourrait avoir servi, « bien avant la mise en place de la nouvelle administration américaine », à « financer des réseaux terroristes opérant au Sahel ». Le Mali nouveau ne dénonce rien de moins qu’un énième « instrument de déstabilisation ».
Prête à refuser certains financements étrangers, l’actuelle transition n’aurait en vue que la « restauration de la souveraineté nationale, principe fondamental de gouvernance ». Toute coopération devra « respecter la souveraineté du pays et les priorités définies par l’État », sur « la base du respect mutuel et des intérêts réciproques ». Le gouvernement relève d’ailleurs que « le Mali se reconnaît dans la nouvelle orientation des autorités américaines visant à assainir et à humaniser leurs subventions ».
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